ES FACTEURS INFLUENÇANT LA NIDIFICATION CHEZ LES ANATIDES.


Bien que l´entrée en période de reproduction soit majoritairement dictée par la longueur des jours (ou la photopériode considérée comme facteur ultime), la date et la taille de la ponte ainsi que l´incubation et la date d´éclosion sont fortement dépendantes des facteurs météorologiques et des qualités nutritionnelles du milieu et des femelles (facteurs proximaux).

Des températures proches de –15°C mais également la privation totale de nourriture durant 15 jours environ entraînent un retard significatif du développement des gonades chez les mâles de canards colverts et de sarcelles d´hiver. Cette réponse n´est pas progressive puisque à des températures supérieures ou lorsque l´alimentation est partiellement restreinte aucun effet négatif significatif n´est constaté. C´est une réponse du type «tout ou rien». Chez les femelles, qui seules réalisent une mue prénuptiale, le développement de l´appareil génital est lié au déroulement de cette mue. Ainsi, lors d´un épisode froid ou lorsque l´alimentation est déséquilibrée sur le plan nutritionnel (manque de protéines par exemple), la mue est décalée ou prolongée ce qui entraîne un retard dans le développement des gonades. De ce fait, une vague de froid sévère en février peut avoir une incidence sur la date d´entrée en nidification alors qu´un tel événement survenant en décembre ou janvier ne semble avoir aucune incidence significative.

L´état des réserves énergétiques corporelles peut agir sur la date de ponte mais il aura surtout une influence sur le nombre d´œufs produits. Chez le canard colvert la taille de la ponte est proportionnelle à la quantité des lipides corporels de la cane à l´arrivée sur les zones de nidification. Les canards dépendent partiellement des réserves corporelles pour leur ponte, les lipides corporels permettant surtout à la cane d´investir son énergie pour rechercher une nourriture plus riche en protéines nécessaires à la formation des œufs (voir figure). Agrandir la photoA l´inverse, les oies et les eiders dépendent totalement de leurs réserves en lipides et en protéines. Il peut ainsi arriver que des eiders meurent littéralement de faim pendant l´incubation ou qu´elles abandonnent leur couvée faute d´avoir accumulé suffisamment de réserves avant la ponte. Outre le facteur nutritionnel, les températures et les conditions hydriques influencent la date de ponte. Celle-ci peut être retardée lorsque les précipitations ne sont pas suffisantes entraînant par exemple des retards de 6 jours à 2 ou 3 semaines chez le canard colvert et les fuligules via une inhibition du développement folliculaire. Lorsque la sécheresse se prolonge les canes ont tendance à quitter leur zone de nidification en direction de territoires plus favorables ce qui expliquerait les variations locales de taille de populations observées entre des régions à prairies (sèches) et des régions plus nordiques (humides). Dans certains cas, des femelles (31% chez le colvert ) ne se reproduisent pas du tout et la capacité de produire une ponte de remplacement est également diminuée.

Plusieurs travaux scientifiques ont traité des relations entre les facteurs environnementaux et la nidification, mais seule une étude a permis de déterminer dans quelles mesures la température et les précipitations pouvaient affecter de manières précise différents paramètres de la nidification chez quatre espèces de canards : le canard Colvert, le canard Chipeau, la Sarcelle à ailes bleues et le Fuligule à tête rouge (Aythya americana).
Globalement, lorsque la température entre la mi-mars et la mi-avril est inférieure à la valeur moyenne, la date d´arrivée sur les aires de nidification est diminuée chez les quatre espèces. Le colvert est la première espèce à arriver suivi du Fuligule à tête rouge, du Chipeau et de la Sarcelle. Le nombre de jours de retard par degré Celsius de baisse de température était compris entre 1,1 jours chez la Sarcelle et 2 jours chez le Fuligule. Par ailleurs, au sein de chaque espèce la date d´arrivée est d´autant plus tardive que les températures tout au long du parcours migratoire sont faibles. Toutes les espèces ont tendance à retarder la date d´initiation de la ponte lorsque les températures déclinent mais l´effet est surtout significatif chez le Chipeau et la Sarcelle avec des retards de 2 jours par degré Celsius de différence.
En plus d´une initiation retardée de la ponte, des températures plus faibles en cours d´incubation, notamment entre le 23 avril et le 3 juin, entraînent également un décalage du pic des éclosions. Le retard d´éclosion varie de 1 (Colvert) à 2,5 (Fuligule) jours par degré Celsius de différence à la température moyenne et de 0,1 (Sarcelle) à 0,8 (Colvert) jour par jour de retard dans l´initiation de la ponte. Lorsque des gelées surviennent lors de la ponte ou au commencement de l´incubation, les canes chez de nombreuses espèces désertent leur nid. Ceci n´est cependant pas le cas lorsque l´incubation est déjà bien avancée (>8-10 jours), le comportement incubateur très tenace de la cane permettant ainsi des éclosions même dans le cas d´un enneigement fort (46 cm) en mai. Agrandir la photo
D´autres facteurs tels que la compétition intraspécifique et l´âge des canes influence la nidification. Chez le Chipeau lorsque la densité de la population nicheuse est faible les femelles initient leur ponte plus tôt et de manière plus synchrone. De même les adultes sont globalement plus précoces que les canes de première année.
Ces constatations montrent la grande variabilité de la chronologie de la reproduction relativement à divers paramètres du milieu. Ces paramètres étant changeants d´une année à l´autre ou entre différentes régions géographiques, comprendre le déroulement fonctionnel de la nidification nécessite une démarche scientifique et technique approfondie à l´échelle locale. Certes l´initiation de la nidification et la date d´éclosion ont une importance écologique certaine, mais (ainsi que nous le verrons dans un prochain numéro) pour mesurer le rôle de la reproduction, en terme de renouvellement des populations, il est nécessaire de connaître l´action que peuvent avoir la chronologie de la nidification ainsi que certains facteurs du milieu sur le succès d´éclosion et la survie des canetons pendant leur phase d´émancipation.


M.B.

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Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h00