A POLLUTION DU GRAND NORD : LES EFFETS BIOLOGIQUES


Dans cette deuxième partie de notre série d’articles consacrés à l’écologie arctique, nous allons nous intéresser à la nature des effets des POPs sur la faune du Grand Nord. Ours hermaphrodites, œufs d’oiseaux non-viables, où est la vérité ? Plusieurs études scientifiques ont pu montrer que l’exposition de mammifères et d’oiseaux aux POPs induit des modifications importantes du fonctionnement de l’organisme. Et ces effets ont pu être observés aussi bien sur des animaux de laboratoire que sur des espèces sauvages évoluant dans leur milieu naturel. Nous allons ici passer en revue les associations qui ont pu être mises en évidence entre des paramètres biologiques et des niveaux de contaminants mesurés dans les tissus de plusieurs vertébrés du Svalbard, un archipel situé non loin du Pôle Nord.

Quels sont les effets sur les Mammifères?
La plupart des études se sont intéressées au cas du super prédateur de l’Arctique, j’ai nommé l’Ours polaire (Ursus maritimus). Les niveaux de POPs découverts chez l’ours polaire sont comparables à ceux mesurés chez certains phoques, chez qui ils induisent une réduction de la fertilité et du taux de survie des jeunes. De plus, une étude datant de 1998 suggère que les PCB soient impliqués dans le pseudohermaphrodisme observé chez la femelle d’ours blanc.
Parmi tous les systèmes affectés, l’homéostasie de la vitamine A et des hormones thyroïdiennes est perturbée. Mais la modification la plus remarquable est celle du système immunitaire, les POPs entraînant une réduction de la réponse humorale (anticorps) et cellulaire (macrophages) aux infections. Les animaux seraient ainsi rendus plus vulnérables aux pathogènes de leur environnement.

Sur les oiseaux?
Le modèle d’étude principal est le goéland bourgmestre (Larus hyperboreus), puisque situé au sommet de la chaîne alimentaire. De la même façon que précédemment citée pour les mammifères, la régulation des quantités de vitamine A corporelle est fortement altérée par les POPs chez les goélands. Par exemple, les animaux contaminés présentent un faible stockage de vitamine A (rétinyl palmitate) dans le foie. De manière plus insidieuse, la contamination par les POPs se nourrit d’elle-même chez les oiseaux. En effet, les POPs empêchent le bon fonctionnement de systèmes détoxifiants qui participent à leur élimination (comme celui de la molécule appelé cytochrome P450). L’oiseau, incapable de se débarrasser des polluants, les accumule, et entame ainsi un cycle infernal de concentration de poisons dans son organisme.
Les POPs altèrent également les protections de l’individu, en induisant une suppression de l’immunité. Cet effet provoque des sur-infestations par des parasites, en particulier intestinaux qui conduit à un affaiblissement général de l’animal. Enfin des modifications comportementales ont pu être associées à une concentration interne anormalement élevée de POPs chez le goéland. Ceux-ci verraient leur motivation à se reproduire se réduire de façon significative, potentiellement via l’atteinte du système hormonal qui joue un rôle primordial dans l’expression des comportements associés à la formation des couples ou à l’incubation de la couvée. Une altération POPs dépendante de l’action des hormones sexuelles a également été suggérée chez les mammifères marins comme le phoque.

Sur quelle période ces effets peuvent-ils perdurer?
Si les concentrations des POPs mesurées chez les mammifères arctiques ne montrent pas une forte tendance à diminuer depuis une quinzaine d’années (en particulier chez des animaux comme les phoques ou les morses du nord-est du Canada ou du Groenland, la situation de la faune du Svalbard semble s’améliorer. Par exemple, les œufs des oiseaux marins (guillemots, fulmars ou mouettes), l’ours polaire ou le renard arctique montrent une réduction de leurs concentrations intracorporelles de certains POPs jusqu’à 80% depuis les années 70. Cependant, des polluants comme le toxaphène ou les composés dérivés du bromure semblent être en forte augmentation depuis le début des années 80. Hors, il faut savoir que malgré l’arrêt de l’utilisation ou de la production de certains contaminants entre 1970 et 1980, près de 20 ans ont été nécessaires pour que l’on puisse observer une baisse significative de leur présence dans le Grand Nord. Il reste ainsi nécessaire, malgré l’amélioration partielle de la situation ces dernières années, de surveiller l’écosystème arctique, un des dernier sanctuaire sauvage de la planète, pour éviter une nouvelle décennie de déboires biologiques.


F.C.

Réalisation Naturaconst@ tous droits réservés

Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h00