es prédateurs naturels : des concurrents pour l’économe humane ?


Lorsque l’activité humaine occupe le rôle d’un prédateur naturel, par exemple dans ces activités de chasse ou de pêche, l’homme entre alors en compétition avec les prédateurs naturels de la niche écologique concernée pour l’accès aux proies. Cette notion « économico écologique » donne une dimension particulière quant à la réponse que les autorités compétentes doivent apporter lorsque le tissu socio-écomique directement dépendant de ces activités demande que les principales espèces prédatrices soient éliminées. Les dernières données scientifiques présentent l’opportunité unique de redéfinir le rôle écologique que doit tenir l’espèce humaine dans ces écosystèmes complexes.

Pour favoriser le développement de l’industrie de la pêche, ceci surtout depuis les années 70 qui ont vu les stocks de poissons être fortement réduits, l’homme a cherché à limiter le nombre des espèces prédatrices concurrentes. Cependant, les organisations de protection de la nature se sont opposées à ce genre de pratiques, arguent d’aspects évidents liés au respect de règles écologiques et éthiques. L’opinion générale reste cependant que les activités de pêche industrielle doivent être conduites de façon telle qu’elles évitent la dégradation des biotopes marins, prédateurs compris. Mais, cette gestion ne se limite pas à des questions de protection de la nature, puisqu’elle prend également en compte le bien-être de toute la population humaine dépendant des activités de pêche, compliquant ainsi la question d’un facteur économico politique. Qu’en est-il vraiment des données scientifiques concernant l’impact des prédateurs naturels sur les espèces de poissons également prélevées par les flottes de pèche industrielles ?
L’approche du problème par l’étude scientifique montre que, contrairement aux idées reçues, la part des prélèvement de poissons attribuables aux grands prédateurs type oiseaux et mammifères marins en Mer du Nord, mers de Béring et de Barents, n’est que de 5,4 tonnes/Km²/an, alors que le total prélevé par l’homme est de 7,6 tonnes/Km²/an. En fait, le plus grand prédateur du poisson est…le poisson lui-même (23,1 tonnes/Km²/an). Ainsi, l’activité de prédation aisément observable des baleines, phoques ou oiseaux de mer souvent considérée comme nuisible, l’est vraisemblablement à tort. Agrandir la photoL’exemple le mieux étudié d’une limitation de grands prédateurs pour endiguer la réduction des stocks de poissons concerne deux espèces de phoques (gris et du Groenland) vivant le long des côtes canadiennes. Leur rôle extrêmement minime dans la réduction drastique des populations de morue dans les années 80 est maintenant bien établi. Récemment, les nations autorisant et pratiquant la pêche à la baleine ont soulevé la question de l’impact les cétacés sur la baisse alarmante des stocks mondiaux de poissons. La conclusion de la plupart des études montre que la consommation de biomasse marine (invertébrés et vertébrés) est comprise entre 280 et 500 millions de tonnes annuellement, soit 6 fois moins que le prélèvement de pêche industrielle. En fait, l’utilisation spatiale des ressources devrait permettre aux cétacés et à l’homme de coexister localement, puisque les zones exploitées sont souvent différentes. Par exemple, de nombreuses espèces de cétacés prélèvent 90% de leur consommation annuelle dans les zones polaires peu fréquentées par l’homme, ou à des profondeurs différentes des espèces de poissons exploitées par les bateaux de la pêche industrielle.
Mais la question de l’éradication des espèces de prédateurs concurrente de la pèche industrielle est peu être mal formulée. Doit-on comprendre que les prédateurs naturels mettent en danger l’activité humaine ou l’inverse ? L’activité de pêche industrielle s’est considérablement développée ces 30 dernières années. De plus, l’homme contrairement aux animaux, à accès à une technologie pointue qui lui permet de s’affranchir de nombreuses contraintes liées à la localisation ou la capture d’un nombre important de proies. Il a donc plus de facilitées à s’insérer comme un super prédateur dans la chaîne trophique. Par exemple, il est maintenant bien connu que la surexploitation des anchois au large du Pérou a entraînée localement une diminution drastique des populations d’oiseaux marins. Il en est de même pour l’otarie de Steller en Alaska, dont la population est maintenant en danger d’extinction. Il reste que l’interaction homme-prédateur ne se limite pas à une seule espèce, et comme nous l’avons vu (voir le numéro précédent), le plus souvent pas à celle que l’on peut imaginer (comme les grands prédateurs). Le problème englobe ainsi toute une partie de la chaîne alimentaire naturelle, même lorsque l’on essaye de comprendre la dynamique de croissance d’une population d’une seule espèce de poisson. Il semble donc bien aléatoire d’essayer de la contrôler à ce jour. L’étude de ces interactions en est pour l’instant à la mise au point de modèles mathématiques pouvant prendre en compte ces nombreux facteurs, afin de pouvoir simuler le devenir de tel ou tel stock de pêche, en contrôlant la part prélevée par l’homme. Il apparaît en effet bien plus crédible, pour une préservation à long terme d’un équilibre profitable à tous, de jouer sur l’activité industrielle plutôt que de réduire localement une population de prédateurs.
L´impact réel des prédateurs sur les autres espèces de la faune sauvage demeure aujourd´hui un champs d´investigation à développer. Comme nous le verront dans un prochain numéro les cas sont multiples et particuliers à la fois, la prédation étant, par exemple, un des facteurs majeurs influant sur le succès reproducteur des oiseaux.

F.C.

Réalisation Naturaconst@ tous droits réservés


Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h01