E REPEUPLEMENT D\´ESPECES DE LA FAUNE SAUVAGE ET SES CONTRAINTES BIOLOGIQUES


Le lâcher d´oiseaux d´élevage en vue de la reconstitution de populations en voie de déclin ou plus simplement pour la chasse constitue une pratique très courante. Toutefois, ces mesures s´accompagnent très souvent d´une faible reproduction ou d´un grand taux de mortalité dans les premières semaines de vie en milieu sauvage obligeant ainsi, dans l´espoir de voir s´installer un noyau viable, le lâcher d´un grand nombre d´individus issus de captivité.
Quelles sont les causes majeures d´un tel échec alors que toutes les conditions en terme de structure de l´habitat d´accueil sont remplies ?
Cette question a en grande partie été élucidée par des études scientifiques de ces dix dernières années. Celles-ci, menées principalement sur des galliformes, tels que les perdrix grises, le faisant commun ou encore le grand tétras, montrent, en effet, que la réponse réside dans l´acclimatation physiologique aux conditions naturelles et sauvages. Comprendre les contraintes physiologiques qui s´imposent aux oiseaux d´élevages et à ceux d´origine sauvage permet de ce fait de mieux préparer les conditions dans lesquelles devraient s´effectuer leur acclimatation quelques semaines avant leur lâcher, et ceci dans le but de faire croître le succès de repeuplement.
Ces contraintes physiologiques s´articulent principalement autour de trois composantes : la capacité à digérer efficacement les aliments naturels, les performances musculaires de vol pour éviter un prédateur ainsi que le fonctionnement hormonal lié à la reproduction.

Les capacités de digestion :
La nourriture d´élevage est généralement constituée de céréales (pauvres en cellulose) quelquefois complétée d´éléments minéraux et de vitamines. Ceci a notamment pour effet, comparé aux oiseaux sauvages, de limiter le développement des organes de l´appareil digestif tel que le gésier – organe de broyage des aliments -, les intestins et les caeca qui contiennent des bactéries capables de digérer la cellulose et la lignine - principaux composés des végétaux -. De même, la capacité à synthétiser certaines vitamines et acides gras essentiels dans les caeca serait diminuée en raison de leur disponibilité dans l´alimentation commerciale, rendant ainsi les oiseaux incapables de former ces produits à partir d´une alimentation naturelle lorsqu´ils sont lâchés dans le milieu sauvage. En outre, le foie est également moins développé chez les oiseaux captifs, ce qui peut entraîner une déficience dans les aptitudes à détoxiquer certaines substances contenues dans les végétaux (terpènes, phénols).
Globalement, les oiseaux issus de captivités et non habitués à une nourriture exclusivement naturelle pendant 2 à 3 mois avant leur lâcher sont nettement désavantagés sur le plan nutritionnel. En conséquence, ils sont physiquement affaiblis et ont un risque de mortalité, similaire à celui résultant d´une restriction alimentaire, plus important que leurs congénères d´origine sauvage.

Les capacités de vol :
Généralement les oiseaux issus de captivité ont un poids similaire voire supérieur à celui des animaux sauvages. Ceci résulte notamment d´une faible activité physique et d´une alimentation commerciale très riche en énergie. Outre le fait qu´ils ont des muscles pectoraux et un cœur moins développés que les oiseaux sauvages, les animaux captifs ne sont pas capables de fournir un effort musculaire aussi intense. Cette déficience est dû à une composition différente en fibres musculaires mais surtout à une plus faible activité de la cythochrome c-oxydase, une enzyme qui intervient dans la transformation du glycogène en énergie mécanique. Le résultat est net. Chez la perdrix grises, les oiseaux lâchers ont un angle et une vitesse d´envol plus faibles de 10 à 30% que les congénères sauvages. Or c´est justement dans les premières secondes de décollage que ces paramètres de vol vont permettre à l´oiseau d´échapper à un prédateur tel que l´autour des palombes. Ainsi chez la perdrix comme chez le faisan et le tétras, c´est leur capacité physiologique de vol amoindrie par le manque d´exercice qui rend les individus de lâchers très vulnérables à la prédation.

L´état hormonal
Les conditions de captivité peuvent entraîner des stress physiologiques sur le long-terme. La sur-densité, ainsi que le déséquilibre entre le nombre de mâles et de femelles affecteraient de manière significative le comportement social et notamment la production de certaines hormones impliquées dans la reproduction. Il en résulte une fertilité réduite et par conséquent une difficulté de renouvellement de la population à partir d´oiseaux issus de captivité.


Devant un tel constat quelles solutions peuvent être envisagées pour améliorer significativement, sur le plan économique, écologique et sportif, les opérations de relâcher ?

La méthode, pour être efficace, doit être basée sur une habituation ou une acclimatation des oiseaux, pendant au moins 3 mois aux conditions naturelles. Une des techniques récentes qui offre des résultats prometteurs est l´installation d´une volière d´acclimatation à ciel ouvert aussi appelée volière anglaise. Le principe de base d´une telle volière est de faire évoluer, avant le lâcher, les oiseaux dans un milieu spacieux (0,5 ha au minimum, idéalement 1 ha) à structure végétale variée (arbres et arbustes, banquette herbacée, cultures à gibier). La clôture de cette volière est électrique et construite de telle manière qu´elle empêche l´entrée des prédateurs tout en permettant le passage des oiseaux de la volière vers le milieu extérieur. Sa hauteur doit être comprise entre 2 m et 2,50 m. L´aménagement intérieur doit ainsi répondre à plusieurs besoins : l´accomplissement des différentes phases du cycle biologique, trouver un couvert efficace face aux prédateurs et aux intempéries et surtout une nourriture naturelle diversifiées. La structure végétale variée ainsi que la hauteur de la clôture grillagée doit permettre aux oiseaux d´exercer leurs muscles et leurs capacités de locomotion.
Outre la composition de cette volière, il est également primordial de considérer l´origine des oiseaux destinés à y être installés. Ces derniers devront être issus si possible d´une souche ayant des comportements et une physiologie proches de ceux des animaux sauvages. En effet, les animaux (de 2ème voire de 3ème génération) issus uniquement de parents captifs ont une biologie modifiée par rapport au standard naturel. L´idéal serait par conséquent de favoriser le croisement entre des animaux issus d´élevages et des animaux d´origine sauvage.

M.B.

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Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h02