ompétton almentare : le Chevreul est-l désavantagé par rapport au Cerf ?


Depuis plus d´une vingtaine d´années, les effectifs de Cerf (Cervus elaphus) et de Chevreuil (Capreolus capreolus) sont en constante augmentation, soulevant ainsi la question de la compétition alimentaire. En effet, comment ces deux espèces, qui en grande partie occupent les mêmes milieux forestiers, interagissent-elles en terme d´exploitation des ressources alimentaires, et surtout si une compétition existe quelle espèce en pâtit le plus ?
Pour y répondre, des biologistes* ont récemment réalisé une étude approfondie sur la comparaison du régime alimentaire entre le Cerf et le Chevreuil, en relation avec la disponibilité des aliments en été et en hiver et cela sur trois années. Le premier constat est que, malgré un chevauchement pour certains aliments, le régime alimentaire de base diffère entre les deux espèces, comme cela a par ailleurs été montré pour d´autres populations européennes. Chez le Cerf, l´herbe (graminées) est l´aliment de base en été, alors que le mélange bruyère (callune, et myrtille) et graminées est principalement consommé en hiver. Le Chevreuil s´alimente, quant à lui, surtout de plantes herbacées non graminiformes en été (80% du régime) et un mélange de callune, myrtille, Galium saxatum et de conifère en hiver. Dans notre région, la consommation de plantes sous-ligneuses est également prépondérante chez le Chevreuil mais concerne plutôt le lierre (Hedera helix) et diverses espèces végétales du genre roncier (Rubus sp.).Agrandir la photo
A l´inverse du Cerf, le Chevreuil, bien que consommateur généraliste, est très sélectif dans le choix de son alimentation, préférant une nourriture pauvre en fibres (ligno-celluloses) mais riche en sucres solubles et en azote. Notamment, le contenu de ce dernier élément est proportionnellement et significativement moins élevé dans le régime du Cerf. Néanmoins de manière générale et en raison d´une physiologie de la digestion différente entre les deux espèces, le Cerf peut exploiter une majorité de la niche alimentaire du Chevreuil alors que ce dernier ne peut exploiter qu´une partie seulement de celle du Cerf.
En outre, contrairement aux hypothèses soulevées dans d´autres travaux, cette étude montre également que durant l´hiver les régimes alimentaires des deux espèces se superposent davantage que durant l´été. La compétition alimentaire serait, par conséquent, davantage accentuée lorsque les ressources en nourriture diminuent. Ce risque de compétition est également augmenté lorsqu´en été le Cerf, en densité élevée, consomme des aliments préférentiellement choisis par le Chevreuil mais dont il ne dépend pas obligatoirement sur le plan nutritionnel ; ce comportement réduit ainsi pour l´hiver l´abondance de cette nourriture préférentiellement consommée par le Chevreuil.
En conclusion, la compétition alimentaire entre ces deux cervidés, qui s´exprime plus fortement en hiver, est asymétrique, le Chevreuil étant désavantagé par rapport au Cerf. D´après ces constatations, on peut donc supposer que dans les zones boisées, où les densités de cerfs augmentent, un risque d´exclusion compétitive du chevreuil, via l´alimentation, peut exister. Cette exclusion pourrait ainsi être en partie responsable de l´extension du Chevreuil en plaine.


M. B.

* Latham, J. et al. (1999). «Comparative feeding ecology of red (Cervus elaphus) and roe deer (Capreolus capreolus) in Scottish plantation forests» J. Zool. Lond. 247 : 409-419.

Réalisation Naturaconst@ tous droits réservés

Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h03