a recherche scentfque menée au Svalard.


Nous avons déjà vu l’incroyable diversité biologique qui existe au Svalbard, îlot sauvage perdu au milieu de la Mer de Barents. La proximité de courants marins chauds rend cette terre hospitalière pour un grand nombre d’espèces d’oiseaux ou de mammifères, faisant du Svalbard une zone parfaite pour la conduite de nombreuses études scientifiques. Mais, celles-ci ne se limitent pas à la biologie, et de nombreuses disciplines bénéficient de cet environnement unique. Nous allons vous présenter dans cet article quelques-uns uns des programmes scientifiques qui ont été mené en 2002 à Ny-Alesund, principale base scientifique de l’archipel.


L’organisation de la recherche scientifique au Svalbard
En 1998, le « Svalbard Science Forum » a été fondé à Longyearbyen (la capitale du Svalbard) par le ministère norvégien de la recherche scientifique. Le but de cette organisation est de promouvoir et d’assister les équipes de chercheurs qui viennent du monde entier pour mener leurs travaux au Svalbard. Et elles sont nombreuses. En 2002, 106 projets furent menés sur le terrain, par 16 nations différentes (entre autre Belge, Autriche, Finlande, Allemagne, Italie, Japon, Norvège, Pologne, Russie, Espagne, Suède, Angleterre, Etats-Unis et France). Si la biologie regroupe 36 projets, la géophysique et la géologie constituent le thème principal de la recherche menée au Svalbard (68 travaux différents). C’est à travers la présentation de la base scientifique de Ny-Alesund et de certains des thèmes de recherche qui y sont menés, que nous allons nous faire une idée de la diversité et de la richesse des programmes scientifiques.

La base scientifique de Ny-Alesund.
La communauté scientifique internationale présente dans le village de Ny-Alesund se répartit en 9 bases principales (Norvégiens, Anglais, Français, Allemands, Italiens, Sud-Coréens, Chinois, japonais et Hollandais), portant le total de scientifiques présents en été (juin-juillet) à une centaine de personnes. La base française est composée de deux bâtiments principaux (la base Rabot dans l’enceinte du village et la base Corbeil située à 6 km à l’intérieur du fjord). Récemment, il a été décidé de réunir les moyens scientifiques français et allemands (suite aux restrictions budgétaires drastiques de la recherche scientifique en France) et de donner naissance à une station de recherche commune franco-allemande (Stations de l’IPEV et l’Institut Alfred Wengner). Cette décision a été annoncée officiellement lors de la commémoration du 40ème anniversaire de la coopération franco-allemande au siège de l’Institut Polaire Français Paul-Emile Victor à Brest en mai 2003. Ainsi, dès l’année 2004, un chef de station commun sera responsable de la bonne conduite des projets scientifiques et devra mettre en place une réunion des moyens logistiques (matériel de laboratoire, bateaux…). L’évaluation des projets scientifiques, dont dépendent directement les moyens alloués aux scientifiques, sera commune et devra permettre la poursuite de la recherche sur la chimie de l’atmosphère, des changements climatiques globaux, de la biologie marine et terrestre ou de la géophysique. En particulier, la base Corbeil (4 bâtiments de 180 m²) bâti il y a 40 ans à proximité du glacier du Roi (voir photo) servira de plate-forme pour une étude fine des modifications climatiques arctiques (à près de 80° Nord) et de pollution atmosphérique. Pour se faire, l’IPEV projette l’installation de cellules énergétiques alimentées à l’hydrogène afin de produire l’énergie nécessaire au fonctionnement des divers instruments sans émettre des gaz polluants. La puissance totale de ce système révolutionnaire (qui sera en fait un prototype développé par la compagnie Air Liquide) sera de 12 kW et fera de la base Corbeil la première base arctique non polluante. Agrandir la photo
La présence de délégations asiatiques se développe de plus en plus au Spitzberg. Si la base scientifique japonaise est maintenant sur place depuis plusieurs années, les Sud-Coréens (ouverture de la station Dasan en 2002) et les Chinois (en septembre 2003) se sont installés. Les projets de recherche concernent aussi bien la biologie (suivi de l’environnement marin et du phytoplancton ou du zooplancton) que la physique du globe. En particuliers, la délégation sud-coréenne projette d’évaluer l’impact de l’activité humaine sur les modifications environnementales du biotope arctique.
Enfin, cet été 2003, une campagne de tir de roquettes atmosphérique a été menée par les Norvégiens de la « Andoya Rocket Range ». Chaque roquette équipée de toute une batterie d’instruments de mesure de paramètres physiques de l’atmosphère atteint une altitude de 100 km, puis est récupérée par un navire scientifique spécialement affrété. Ce projet mené par des scientifiques norvégiens, allemands et autrichiens, doit permettre d’étudier la structure thermique et physique de la mésosphère polaire (région de l’atmosphère qui s’étend entre la stratosphère et la thermosphère à 85 km d’altitude).

La géophysique et la géologie en 2002
Afin de donner une idée du type de sujet abordé par les équipes scientifiques présentes à Ny-Alesund, nous allons vous présenter succinctement trois projets conduits depuis 2002 :
- L’impact de changements climatiques contemporains sur l’environnement polaire, conduit par des chercheurs du laboratoire de physique de globe de Clermont-Ferrand (2002-2005). Le but de ce projet est de comprendre les causes induisant des modifications climatiques observables en arctique (retrait des glaces). Les glaciers du Spitzberg ont subi une retraite de plus d’un kilomètre et découvert des terrains qui ont depuis été colonisé par la végétation rase de la toundra. Au front des glaciers de nouveaux phénomènes d’érosion et de mobilisation des sédiments apparaissent. Ainsi, il s’agit de comprendre comment les zones découvertes par les glaciers évoluent sur une courte échelle de temps, et réagissent aux modifications de climat.
- Etude de la glace de mer dans le fjord du Roi, Institut Polaire Norvégien. Le but de ce projet est d’étudier les variations de la pénétration des radiations solaires dans des glaces de mer (eau de mer qui gèle en hiver) de différente composition. Cette étude est importante puisqu’elle doit permettre de comprendre en quoi le filtrage différentiel des radiations solaires par la couverture de glace peut influencer la production biologique marine arctique (algues, plancton). Les mesure des radiations (albédo de surface ou fraction de la lumière réfléchie par la glace, UV…) est obtenues grâce à une grande variété de senseurs mis en place au début du printemps (mars).
- Etude des tempêtes polaires et du transport de l’eau en Mer de Barents, Institut Météorologique Norvégien et Université d’Akita, Japon (2001-2005). Grâce à l’utilisation d’un radar Doppler, ce projet international doit permettre de suivre le transport de l’eau par les tempêtes polaires et de comprendre la dynamique météorologique en Mer de Barents. En effet, la surface de la mer ne gèle pas en hiver et l’activité des tempêtes reste élevée. Ce projet va également permettre d’évaluer les modifications des précipitations au cours de 5 années en arctique, phénomène extrêmement important pour la dynamique glacière.

La biologie en 2002
Nous avons déjà vu que le Spitzberg présente une forte diversité biologique en dépit de sa latitude levée (en autre grâce à la présence de courants marins chauds). Voici quelques-uns uns des projets conduits en 2002 :
- Réponse au parasitisme et à la dispersion des oiseaux arctiques, CNRS, France (2001-2003). Ce projet cherche à établir la réponse d’oiseaux nichant en colonie (mouettes tridactyles) à la présence de parasites (comme les tiques et autres ectoparasites). Les chercheurs essayent notamment d’établir en quoi la sur-infestation d’une zone peut induire la dispersion des individus vers d’autres lieux de nidification. Cette étude nécessite la surveillance des colonies, un suivi des liens génétiques pouvant lier les individus entre eux, et l’étude du système immunitaire des individus, afin de déterminer si les parents peuvent transmettre une certaine protection vis à vis des parasites directement par l’œuf.
- Suivi à long terme de la population d’ours polaires du Spitzberg, Institut Polaire Norvégien (1988-2050). Le but de cette étude est de suivre sur le long terme les effets de la pollution sur la biologie des ours polaires, prédateur situé au sommet de la chaîne alimentaire et donc susceptible d’accumuler une grande quantité de polluants comme les PCBs (voir article précédent sur la pollution arctique). Les ours sont capturés (à partir d’un hélicoptère), marqués, identifiés, mesurés et pesés (un ours adulte peut faire jusqu’à 3m de haut). Des échantillons sanguins, de poils, de lait et de graisse sont prélevés. Une étude génétique (pour évaluer la diversité des gènes existant dans la population) et de parasitologie est également conduite. Enfin, un suivi satellite (après pose de colliers) est effectué sur les femelles afin de connaître leurs déplacements (visiblement liés à la dynamique de la glace de mer), les habitats habituellement utilisés, ainsi que la dynamique de reproduction. Depuis 1988, plus de 850 ours ont ainsi été suivis.
- Biologie de la reproduction du bruant des neiges Plectrophenax nivalis, Université de Trondheim, Norvège (1998-2002). Il s’agit de déterminer les taux de reproduction du seul passereau (petit oiseau type mésange) nichant au Spitzberg. Comment s’est-il adapté à l’environnement arctique ? Ainsi des mesures comportementales lors de la reproduction (garde du territoire, du partenaire, extra-copulations, effort reproducteur via des mesures de nourrissage des jeunes au nid) ainsi que des mesures biométriques (qualité du plumage, condition corporelle) ont été effectuées. Ainsi, 300 paires ont été suivies depuis 1998 et 900 individus marqués. Une avance considérable a ainsi pu être effectuée en ce qui concerne la connaissance de la dynamique de la population nichant au Svalbard et a pu mettre en évidence que cet oiseau revient toujours au même endroit pour nicher.

Cette petite « overview » de la recherche scientifique au Svalbard doit permettre à nos lecteurs de comprendre un peu mieux ce que ces chercheurs un peu bizarres peuvent bien faire là-haut, et ce n’est pas toujours aisé de suivre leur démarche intellectuelle, ni de comprendre à quoi tant d’argent dépensé peut bien servir. Mais, ce n’est pas tant dans le sujet d’étude que l’on doit chercher cette réponse, mais plutôt dans la définition de la science. Quelle est notre place dans le monde, d’où vient-on, quel est exactement notre rôle ? Voici les questions qui définissent l’ultime finalité de toutes ces recherches…


F.C.

Réalisation Naturaconst@


Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h31