A PREDATION : UNE CAUSE MAJEURE DE MORTALITE CHEZ LES OISEAUX D\\´EAU PENDANT LA REPRODUCTION .


La reproduction est le principal processus du cycle biologique permettant le renouvellement d\´une population d\´oiseaux. Or, selon la littérature scientifique c\´est également une phase à laquelle est associée une très forte mortalité naturelle qui agit directement et indirectement sur la dynamique des populations.

La mortalité non liée à la chasse au sein des populations d\´oiseaux d\´eau est un facteur majeur à considérer dans la gestion de la faune sauvage. Parmi les causes de mortalité, la prédation a un impact prépondérant pendant la période de reproduction. Toutes les phases de la nidification sont concernées.

Les femelles cantonnées, en cours de ponte ou pendant l\´incubation payent un lourd tribut. Les canes d\´espèces précoces sont particulièrement vulnérables (Sargeant et Raveling, 1992). Le taux de mortalité des femelles Colverts au nid varie entre 19 et 40% et dans près de 50% des cas la prédation constitue le premier facteur de mortalité suivi des machines agricoles. Sargeant et Greenwood (1988) ont par exemple rapporté que près de 900 000 canes seraient chaque année victimes des renards (Vulpes vulpes) sur l\´ensemble du Dakota du Nord. Un tel impact sur les canes est d\´autant plus grave qu\´il concerne des populations installées (qui ne se déplaceront quasiment pas) et qu\´il constituerait la cause principale d\´un déséquilibre du sexe ratio chez les espèces canards. A l\´inverse chez les oies et les cygnes la mortalité des femelles adultes est quasi inexistante pendant la période de reproduction.

A présent voyons quel peut être l\´impact de la prédation sur le succès reproducteur des oiseaux d\´eau ?

Le succès reproducteur ne dépend pas uniquement du nombre d\´œufs pondus mais également du nombre d\´œufs parvenant à l\´éclosion et du nombre de poussins ou de canetons parvenant à l\´envol. Plusieurs études, menées sur les succès de la reproduction se sont intéressées à l\´influence de la prédation sur ces deux dernières étapes de la reproduction. Il ressort premièrement que chez des espèces communes (colvert, pilet, chipeau, souchet), les prédateurs (mammifères et oiseaux) sont en moyenne responsables de la destruction d\´un tiers des nids, soit autant que l\´ensemble des autres causes réunies (intempéries, machines…). Pour les cas extrêmes, il a été montré que, chez le Pilet d\´Amérique du Nord, la prédation pouvait entraîner la destruction de 70% des nids et que chez cette population l\´augmentation des prédateurs tels que les Goëlands (cendré et bourgmestre) était la cause première du déclin du succès de la nidification (nombre de pontes parvenant à l\´éclosion/nombre totale de pontes)Agrandir la photo.

Chez quatre espèces de canards (colvert, pilet, chipeau, souchet), le succès de la nidification est compris entre 10% pour une zone dans laquelle les prédateurs (oiseaux et mammifaires) ne sont pas piégés et 30% pour une zone piégée (Beauchamps et al. 1996). Toutefois, si sur une zone de nidification donnée le succès de la nidification décline sur plusieurs années, l\´intensité de prédation n\´a pas d\´influence sur la l\´accélération de ce déclin.

Outre l\´impact sur les nichées, la prédation affecte également les canetons notamment dans les deux semaines qui suivent leur éclosion. En moyenne, 30% des canetons sont victimes des prédateurs mais ce taux peut atteindre 80% chez l\´Eider à duvet qui occupe pendant la reproduction des milieux découverts. Sur l\´ensemble de la période séparant l\´éclosion et l\´envol, il est estimé que chez les canards le taux de mortalité est supérieur à 50% (entre 15 à 40% chez les oies et les cygnes) et que près de 30% des jeunes sont victimes des prédateurs.

La régulation raisonnée des prédateurs et la gestion des milieux : deux solutions pour favoriser le succès reproducteur des oiseaux d\´eau.

Comme cela fut traité dans deux articles précédents (voir mai et juin 2003), il ne s\´agit pas d\´inciter à l\´éradication des prédateurs, d\´autant plus qu\´ils contribuent à l\´apparition d\´autres espèces et à la conservation de la biodiversité. Toutefois, dans certaines zones propices à la reproduction des canards leur régulation raisonnée peut contribuer à améliorer l\´état des populations d\´oiseaux d\´eau.
Par ailleurs il est important de souligner que l\´impact de la prédation est d\´autant plus fort que le couvert végétal est peu dense. Ainsi, les prairies à foin sont les plus favorables pour la nidification car le camouflage des nids par les hautes herbes y est plus efficace ; le succès de la nidification y atteint 40% contre 3% dans des sites principalement arbustifs.

Ainsi concernant l\´amélioration du succès reproducteur, voici les mesures concordantes pouvant être mises en œuvre :
- conserver et/ou créer des prairies à foin avec des herbes hautes, à quelques centaines de mètres de zones humides ou inondées qui offriront une nourriture essentielle (larves, insectes) pour la cane et les canetons,
- éviter sur les sites de nidification la fauche et le pâturage des prairies, entre la mi-mars et la fin juillet,
- éviter qu\´il y ait une trop grande densité de nids (phénomène qui habituellement accentue la prédation). Ceci suppose des zones de nidification aménagées sur une large étendue,
- réduire l\´accessibilité aux nids ainsi que le dérangement par l\´homme, en plaçant des clôtures autour des nids ou des plates-formes de nidification,
- installer des nids artificiels.
- réguler par le piégeage les animaux considérés comme nuisibles.

D\´après les données de la littérature scientifique, selon que l\´impact de la prédation sur le succès reproducteur est réduit ou non, l\´effectif d\´une population de canards peut être soit augmentée soit diminué de 30-40% par rapport à l\´année précédente en considérant une pression de chasse égale. Il est donc aisé de constater que les aménagements visant à réduire l\´impact des prédateurs sur les sites de reproduction sont essentiels pour influer sur le déclin ou l\´accroissement d\´une population.

Pour en savoir plus :

Owen et Black, 1990 (\«Waterfowl Ecology\»)
Losito et al., 1995 (Journal of Wildlife Management)
Flint et Grand 1996 (Journal of Wildlife Management)
Beauchamps et al. 1996 (Journal of Wildlife Management)


Réalisation Naturaconst@ tous droist réservés


Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h35