grateurs ou sédentares ? Les conséquences prévsles du réchauffement clmatque sur les oseaux.


Les facteurs déterminant le comportement migratoire des oiseaux font depuis longtemps l’objet de diverses études et recherches. Le départ en migration est associé à différents facteurs tels que la périodicité de l’activité, la régulation des réserves corporelles (en particulier l’engraissement pré-migratoire chez certaines espèces), la préférence alimentaire, le choix de la direction ainsi que des modifications physiologiques et hormonales importantes. Les travaux réalisés chez près de 20 espèces d’oiseaux de différents ordres indiquent que la synchronisation de l’ensemble de ces processus dépend principalement de mécanismes qui sont programmés de manière endogène (sur une base génétique) via la photopériode (durée relative du jour et de la nuit). Ainsi, que l’oiseau soit né en captivité ou en milieu naturel, le départ en migration est rythmé de manière similaire. Certes, l’intensité ou la direction du vent ainsi que la température ambiante peuvent induire de manière immédiate un avancement ou un retard de quelques jours dans le départ migratoire mais tant que la modification de ces paramètres demeure aléatoire (ou irrégulière) d’une année sur l’autre ils ne peuvent pas constituer une pression de sélection suffisante pour induire une modification permanente du comportement migratoire. Agrandir la photo Les processus et mécanismes biologiques associés à la migration sont héréditaires c’est à dire fixés dans le patrimoine génétique de chaque individu. Par exemple, des passereaux nés dans l’année, qui n’ont jamais expérimenté un quelconque voyage migratoire, accumulent spontanément des réserves corporelles avant le départ, réserves qui conditionnent la distance de migration et en partie le quartier d’hivernage. De même, la direction ou la détermination du caractère migrateur ou non migrateur au sein de populations partiellement migratrices est directement génétiquement contrôlés. Ce contrôle est polygénique et non monogénique (il ne dépend pas d´un gène dominant ou récessif), ce qui signifie que plusieurs gènes interviennent dans la détermination quantitative des paramètres migratoires. Un autre résultat majeur issu de ces études est l’existence au sein d’une même population («migratrice partielle») d´individus migrateurs et non migrateurs. Chez ces populations, qui constituent près 70% des espèces d´oiseaux présentes en Europe, la possibilité d´une évolution vers un caractère totalement migratoire ou totalement sédentaire est élevé. A titre d´exemple, chez la Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla, à partir d´un stock parental de 267 oiseaux comprenant 80% de migrants, la sélection vers un caractère totalement migrant ou sédentaire s´est seulement produite au bout de 3 et 6 générations respectivement. Les deux caractères migratoire ou non migratoire ne s´excluent pas mutuellement mais au sein d´une même population ils peuvent s´échanger. «La transition entre les deux formes se traduit par un caractère de migration partielle qui apparaît par sélection génique sans qu´il soit besoin d´un autre mécanisme tel que la mutation» (traduction d´après Berthold 2002). Ainsi que nous l´avons évoqué, la fixation d´un caractère génétique dépend de facteurs ultimes qui varient régulièrement et de manière prévisible. La photopériode est connue pour être un facteur ultime majeur. Néanmoins, les changements climatiques et tout particulièrement le réchauffement global qui s´accentue régulièrement depuis un siècle peut constituer une pression de sélection suffisante pour agir sur le patrimoine génétique contrôlant les mécanismes migratoires. Agrandir la photo De nombreuses constatations soulignent des modifications récentes du comportement migratoire dont les effets sur la démographie demeurent néanmoins méconnus : 1) Un départ de plus en plus tardif des oiseaux de leurs zones de reproduction (jusqu´à 14 jours de décalage). 2) Une arrivée plus précoce sur les zones de reproduction. 3) Chez les migrateurs partiels, une augmentation de la proportion d´oiseaux sédentaires. 4) L´occupation des zones de reproduction même durant la période traditionnelle d´hivernage. 5) Une diminution de la distance de migration. Les oiseaux hivernent plus près de leur aire de nidification ou alors choisissent d´autres zones d´hivernage situées en dehors des directions habituelles. Le fait de migrer entraîne d´importantes contraintes énergétiques. Dans ce contexte, les oiseaux qui hivernent plus près de leur zone de reproduction ou qui arrivent plus tôt sur les zones de reproduction peuvent être avantagés en terme de succès reproducteur ce qui leur confère une valeur sélective supérieure à ceux qui effectuent des voyages migratoires plus importants. Une étude récente réalisée par Coppack et al. (2003) indique, chez des passereaux, que le mécanisme de contrôle photopériodique du départ en migration est très flexible. Ceci signifie qu´un réajustement de ce mécanisme chez des longs migrants n´est pas nécessaire pour que certaines populations puissent hiverner dans des zones plus nordiques. En fait migrer plus tôt ou hiverner plus près des zones d´hivernage et par conséquent se reproduire plus tôt constitue un avantage en terme de valeur sélective uniquement si les conditions environnementales sont également favorables sur les sites de nidifications. Globalement cette condition se vérifie déjà pour de nombreuses régions du paléarctique occidental et elle se généralisera encore davantage. Durant le dernier siècle, la température moyenne a augmenté de 0,6°C.


L´intensification de ce réchauffement laisse prévoir, d´après les experts en climatologie, que durant les 100 prochaines années, la température moyenne du globe augmentera entre 1,4 et 5,8°C. Outre, un retournement de situation qui se traduirait par un refroidissement lié à l'arrêt brutal du Gulf Stream, il est raisonnable de penser que, dans un futur proche, les hivers deviendront progressivement plus cléments et que les oiseaux non migrants ou que les individus sédentaires au sein d'une population de migrateurs partiels auront un taux de survie plus élevé. Ces derniers devenant ainsi plus nombreux, les spécialistes s'attendent à un déplacement du caractère migrant vers le caractère sédentaire au sein des populations migratrices partielles ou court-migratrices en quelques décennies.


Les modèles de prédiction théorique de sélection directionnelle indiquent ainsi que la forme «migrateurs au long cours» pourrait atteindre la forme «migrateurs à courte distance» en l´espace de 15 ans (ou 10 générations) ou la conversion de migrateurs en sédentaires stricts en 40 ans (25 générations). Ces données sont théoriques. Toutefois en y intégrant le fait que la sélection directionnelle soit rarement stricte, ces valeurs peuvent être réévaluées à 20 et 100 respectivement. A titre d´exemple, en Europe Centrale la population le Merle noir (Turdus merula) était exclusivement migratrice il y a près de 200 ans. Depuis elle a évolué vers une forme sédentaire. Notons que chez des oiseaux de plus grande taille comme la Cigogne blanche, un tel processus est également déjà commencé. Cependant, chez des migrateurs au long court pour lesquels la diminution des effectifs (liée à la perte des habitats et à la pression de compétition) induit d´une variabilité génétique moins importante, l´évolution du comportement migratoire serait plus lente que chez les migrateurs à courte distance et partiels.


Nous connaissons l´impact que pourra avoir le réchauffement climatique sur le comportement migratoire, mais qu´en sera t-il de l´état des populations futures et surtout, dans l´immédiat, quelles sont les considérations à prendre en compte en terme de conservation de l´avifaune ? Même si à l´avenir les conditions climatiques peuvent être plus avantageuses pour la survie et la reproduction, ceci ne signifie pas implicitement que la taille des populations augmentera. D´une part, comme cela s´observe depuis quelques années sur des espèces sédentaires tels que la Perdrix grise, le Grand tétras et certains passereaux, l´altération de leurs habitats voire des carences nutritionnelles liées aux pesticides ou aux pluies acides se traduit par la baisse des populations ou en tous les cas par un état de précarité important. D´autre part, les changements climatiques supposent non seulement un réchauffement global mais également des accidents météorologiques importants de par leur amplitude et leur imprévisibilité qui en retour sont susceptibles de causer un préjudice direct sur des êtres vivants qui n´auront pu s´y «préparés» sur le plan physiologique et comportemental. Dans ce contexte, il est d´ores et déjà essentiel d´anticiper ces grandes conséquences biologiques et physiologiques en développant une politique locale rigoureuse en faveur d´une conservation voire d´une restauration active et efficace des habitats naturels, politique qui devra tout de même s´inscrire dans une dimension géographique plus étendue. Œuvrer en faveur de cette idée est une démarche essentielle car elle pourra, au sein des écosystèmes, générer une dynamique interne suffisante permettant aux oiseaux de s´adapter continuellement et plus rapidement.


M.B.


Pour en savoir plus : Berthold, P (2002, Acta Zoologica Sinica 48 : 291-301), Coppack et al. (2003). Réalisation Naturaconst@ tous droist réservés



Dernière modification de cet article le 07/02/2005 à 21h17