E CLIMAT DE LA PLANETE S’AFFOLE : LES OISEAUX AUSSI !


Températures anormalement élevées, records saisonniers battus, des arbres qui perdent leurs feuilles en été et une sécheresse qui favorise la propagation de feux dévastateurs dévoreurs de forêts, voici les faits les plus marquants du réchauffement global que subit la planète bleue (bien que tous les spécialistes n’admettent pas à l’unanimité cette idée). Mais, si notre planète illumine l’espace d’une belle couleur azur, c’est qu’elle est recouverte aux trois quarts par les mers et les océans. Or, ceux-ci souffrent aussi du réchauffement. Et avec eux, toute la flore et la faune marine, dont de nombreuses espèces d’oiseaux.

Le climat des océans subit de grandes variations à l’échelle de l’année ou de la décennie, le plus souvent de façon naturelle. El-Niño, une oscillation gigantesque des courants maritimes bien connue du grand public, est ainsi à l’origine d’une résurgence d’eaux chaudes peu riches en aliments en surface. Les conséquences biologiques de tels changements en termes de richesse biologique est relativement bien connue à travers la mise en évidence par plusieurs études scientifiques des déclins de la biomasse du zooplancton ou des populations de poissons. Plus subtile est la modification qualitative de la vie, comme la disparition de certaines espèces conduisant à une nouvelle répartition de la faune. C’est donc tout l’écosystème marin qui est concerné par les modifications physiques du milieu, via notamment une modification des ressources alimentaires pour toutes les espèces prédatrices. Ainsi, des eaux chaudes en surface entraînant une raréfaction de leurs proies, les guillemots à cou blanc de la côte ouest américaine voient la masse de leurs poussins à l’envol fortement réduite, comme leur probabilité de survie.

Une équipe d’écologistes canadiens ont mis en évidence les effets néfastes d’un réchauffement des eaux de surface sur une colonie d’oiseaux marins particulièrement remarquable par la couleur de leur plumage, le macareux huppé (Fratercula cirrhata) . Agrandir la photoLes fluctuations de températures des eaux de surface de la côte ouest américaine, enregistrées depuis 1937 dénotent d’un réchauffement de 0,9°C, les années 1990 formant la décennie la plus chaude. Or, cette modification atteint les zones de nourrissage des macareux, et conduit à une altération de leur reproduction. Les dates d’éclosion des œufs entre 1975 et 1982 s’étalaient du 8 au 25 juillet. Entre 1994 et 2002, les jeunes ont éclos en majorité entre le 22 juin et le 10 juillet, soit en moyenne16 jours en avance. De même, la croissance des poussins a été fortement perturbée. Les données obtenues entre 1981 et 2002 montrent que les températures de l’eau les plus élevées sont associées au taux de croissance plus faibles (moins de 5g par jour). Or un poussin en mauvaise condition corporelle voit ses chances de survie fortement réduites. Si l’on peut croire à un simple effet indirect entre température et croissance, les mesures faites en 1981 semblent mener à une conclusion de cause plus directe. Cette année-là, les températures de surface ont augmentées en juillet alors que les taux de croissance des poussins diminuaient. La fin de saison a vu une brusque chute des températures provoquant en retour une amélioration de la condition corporelle des jeunes oiseaux. Ces modifications de températures, qui se répètent régulièrement depuis 10 ans, conduisent à une diminution drastique du succès reproducteur des macareux, les années 76, 77, 94, 96, 97 et 1998 ayant vu un échec quasi total de la reproduction.

Les résultats obtenus sur le macareux huppé viennent confirmer d’autres observations. Les macareux rhinocéros (Cerorhinca monocerata) présentent également un avancement de leur période d’éclosion des œufs suite à des modifications de température de l’eau de leurs zones de pêche. En fait, ces espèces d’oiseaux, situées en bout de chaîne alimentaire, ne feraient que suivre la précocité du pic de biomasse du zooplancton, conditionnant la prolifération des populations de poissons qui forment les proies principales des macareux, mais aussi leur localisation géographique (les poissons pouvant aller chercher des eaux plus froides en profondeur). En réponse, ces oiseaux pourraient changer leur régime alimentaire et passer à une autre proie principale. Cette hypothèse reste à vérifier. Quoi qu’il en soit, c’est toute la phénologie de la reproduction de ces oiseaux (caractéristiques temporelle et géographique) qui serait modifiée par les changements climatiques. Bien que pour l’instant, la population locale de macareux ne semble pas avoir été réduite (le nombre de nids n’ayant pas changé depuis 1984), les effets d’une réduction prolongée du succès reproducteur sur des populations d’oiseaux longévifs (pouvant vivre longtemps) doit sans aucun doute s’étaler sur une longue période. La réduction des proies du macareux moine (Fratercula arctica) par la pêche intensive norvégienne dans les années 60 n’a conduit à une réduction des populations d’oiseaux qu’à la fin des années 80 (-60%).
L’enregistrement effectué dans les eaux locales proches de la colonie des macareux est caractéristique des données récoltées dans les eaux du monde entier. Ceci suggère que ce phénomène ne peut être attribuable à des variations cycliques naturelles et locales, mais est bien un fait caractérisant un changement plus global. Une autre étude menée en Italie et datée de juin 2003 montre que les dates de ponte du milan noir (Milvus migrans) a été avancée de 10-11 jours ces 9 dernières années. Si les dates de pontes peuvent être modifiées par les changements climatiques globaux que subit notre planète, les périodes de migration pourraient l’être aussi. De telles modifications qui apparaissent sur quelques années devraient faire l’objet d’une attention toute particulière par les différents acteurs participant à la gestion de l’environnement.


F.C

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Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h36