’ANTARCTIQUE ET SON AUTOROUTE DU POLE SUD.


L’Antarctique est le continent le plus hostile de la planète. Plus de 99% de sa surface est recouverte d’une couche de glace pouvant atteindre 4800 mètres d’épaisseur. Les températures y descendent régulièrement en dessous des –50°C. Et pourtant, on ne cesse de répéter que ce désert de glace cache des trésors de ressources naturelles, à commencer par près de 70% des réserves mondiales d’eau douce. D’où une compétition larvée entre les plus grandes puissances mondiales pour s’assurer une présence de plus en plus importante en Antarctique, même depuis les accords de Madrid signés en 1991, interdisant toute exploitation pendant 50 ans. Dernier exemple de l’intensification de cette compétition internationale : la construction d’une autoroute par les Américains qui a débuté en 2002.

L’Antarctique est un des derniers bastions abritant une vie sauvage, sinon le dernier à l’échelle continentale, exempté jusqu’alors de toute activité humaine pouvant entraîner une dégradation de l’environnement à grande échelle. Seuls 4 à 5000 scientifiques de tous pays y mènent des activités de recherche pendant l’été, alors que moins d’un millier y passent l’hiver. Si ces travaux n’engendrent pas de conséquences importantes, il faut tout de même faire remarquer qu’elles peuvent être localement préjudiciables pour la faune. Agrandir la photoL’Institut Polaire Français est, par exemple, extrêmement critique désormais pour tous les programmes de recherche sur les colonies de manchots empereurs, ces oiseaux ayant vu leur nombre de couples reproducteurs se réduire depuis les années 50. Sans compter l’accumulation de déchets métalliques et chimiques. Ces dernières années, rien qu’un millier de tonnes a été enlevé des alentours d’une seule base scientifique. À côté de ces activités scientifiques, qui, si critiquables qu’elles soient, sont contrôlées régulièrement, déjà 12 000 touristes visitent chaque année les côtes du continent. Bien que la plupart se bornent à une croisière le long des côtes, on peut redouter que l’attraction du pôle sud n’entraîne une augmentation du nombre de personnes débarquées à terre. Le billet coûte encore plus de 20 000 euros, ce qui limite le nombre des amateurs, mais pour combien de temps encore ?
L’Antarctique avait-il besoin d’une autre source de pollution potentielle ? L’autoroute américaine du pôle fait planer sur le désert blanc un risque, à priori, bien plus grand que le tourisme ou les activités scientifiques. Les Etats-Unis possèdent deux bases continentales, la station scientifique McMurdo le long de la côte de la mer de Ross, et le Dôme ou base Amundsen-Scott, située à plus de 1500 km à l’intérieur du continent, juste au pôle sud géographique. Celle-ci sera totalement rénovée d’ici à 2006. Jusqu’à aujourd’hui, cette dernière était ravitaillée par les airs, directement de la base McMurdo. Mais voilà, sans doute le Dôme étant destiné à devenir la base (scientifique ?) américaine la plus importante du continent, les besoins logistiques exigent désormais la construction d’une route la reliant à la base côtière. 1600 km de route passant sur la banquise permanente de la plate-forme de Ross puis sur le continent lui-même devront être construit d’ici 2005, Toute une batterie d’engins creuse, aplanit, ou comble la glace. Déjà 50 km de cette autoroute du pôle ont été réalisés l’été dernier. La question qui se pose n’est pas tant l’impact immédiat qu’aura cette construction sur l’environnement, mais plutôt l’impact qu’elle pourrait avoir sur les activités futures qui seront menées en Antarctique. Agrandir la photoUn tel investissement débouchera t-il sur une exploitation des ressources naturelles ou sur une revendication territoriale (gelée depuis 1959) ?
En tous les cas, les revendications des Etats-Unis sont à la hauteur de leur puissance économique et militaire.
Mais cette autoroute ne mène-t-elle pas en réalité à un réveil douloureux des conflits stratégiques internationaux, dont a été victime le continent antarctique par le passé, et qui ont su être évités jusqu’alors par les différents traités ?

Crédit photo : Jean-patrice ROBIN

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Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h38