ETITS OISEAUX AUX BECS LUMINEUX !


Tout ornithologiste digne de ce nom a entendu parler des moyens dont usent les oisillons pour attirer l’attention de leurs parents quand vient l’heure de la béquée. Mais parmi ces moyens multiples (comme de battre des ailes, de se tordre dans les positions les plus alambiquées ou occuper une zone bien précise du nid), la couleur de l’intérieur du bec est la plus connue. Une étude récente vient de se pencher sur cette question, et le problème semble être plus complexe qu’il n’y parait à…première vue.

Dans l’ordre des passereaux (petits oiseaux chanteurs qui peuplent nos campagnes), les jeunes naissent alors que leur développement n’est pas achevé, et doivent être nourri au nid par les parents. Qui n’est jamais tombé sur une nichée de merles, attiré par le piaillement intense qu’émettent les oisillons affamés lorsque les parents, le bec surchargé d’invertébrés, retournent au nid. Mais pourquoi tant de bruit ? Les adultes n’ont pas besoin de cela pour retrouver le lieu de leur reproduction. Non, les oisillons ne se manifestent que pour obtenir le plus possible de nourriture. En effet, une nichée de passereau comprend plusieurs petits, et la compétition fait rage entre ceux-ci pour avoir accès à la nourriture afin de maintenir une vitesse de développement optimale. Il vaut mieux quitter le nid au plus vite avant que tout ce remue ménage n’attire les chats du quartier. Or, parmi tous les moyens dont disposent les jeunes pour se manifester auprès du parent nourricier, la couleur de l’intérieur du bec doit être la plus vive (rouge), selon une ancienne hypothèse. Cette couleur pourrait d’ailleurs refléter l’état général du petit, et notamment la qualité de son système immunitaire, informant les parents sur les chances futures de survie de leur différents rejetons, et orientant ainsi leur effort reproducteur et nourricier vers les plus capables (vous ne confiez pas non plus vos économies aux banques les moins efficaces en terme de rentabilité).
Pourtant, il existe différentes hypothèses essayant d’apporter une explication réaliste à l’influence de la couleur de l’intérieur du bec des jeunes sur les parents. Et ce sont ces hypothèses qu’on voulu tester des chercheurs suisses de l’Institut d’Ecologie de Lausanne. Tout d’abord, il se pourrait que la caractéristique importante soit la différence de contraste entre les bords et l’intérieur du bec. Ensuite, l’intensité du rouge pourrait également renseigner les parents sur les besoins nutritionnels des petits, la coloration dépendant d’une arrivée de sang au niveau de la gorge en relation avec la sensation de faim du jeune. Enfin, la brillance de l’intérieur du bec pourrait être une caractéristique ayant été sélectionnée au cours de l’évolution pour augmenter la détectabilité des poussins par les parents. Dans les nids des passereaux, qui nichent souvent dans des cavités (d’où leur attirance pour des petites maisonnettes), les oisillons ayant une couleur interne du bec clair et brillantes (jaune par exemple), sont bien plus visibles, surtout dans une ambiance lumineuse faible. Ils seront donc, si l’on suit cette idée, mieux nourris que leurs frères à la bouche (je dis bouche par soucis d’esthétique littéraire) plus sombre.
Pour trancher entre toutes ces solutions, les chercheurs de Lausanne ont pratiqué, sur des nichées de mésanges, une coloration artificielle de l’intérieur du bec des poussins en rouge ou jaune. Ils ont ensuite suivi le développement des jeunes, et notamment l’évolution de leur masse corporelle afin de déterminer l’impact de la couleur « buccale » sur le comportement parental de nourrissage.
Leurs résultats (publiés en octobre dernier) confirment l’hypothèse de la sélection de la couleur claire afin de permettre une meilleure détection du poussin par les parents dans un environnement cavitaire et sombre. De plus, dans un nid placé en conditions plus lumineuses, la couleur du bec n’a plus aucune incidence sur l’intensité du nourrissage. Contrairement aux idées reçus, les oisillons doivent donc avoir une gorge claire plutôt que rouge sombre. Cette étude nous apprend également que les autres moyens de se faire remarquer par les parents (comme battre des ailes ou piailler à en perdre le bec…) ne permet pas de compenser le défaut d’une couleur inappropriée aux nids placés à couvert dans des cavités.
A bec clair et bon entendeur, salut !

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Pour en savoir plus :
Heeb, P., Animal Behaviour 2003
Saino & Moller, Proceedings of the Royal Society London B 2000 (couleur du bec et immunocompétence)
Jonhstone, R.A., Signalling theory dans Encyclopedia of Evolution 2000 (tous les détails de la relation oiosillons / parents)


Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h42