renalles de plom de chasse et saturnsme, quelles conséquences sur le ger d\´eau et la consommaton de sa vande ?


´ingestion accidentelle de billes de plomb de chasse par les canards et les effets induits sur leur santé ont fait depuis plus d´un siècle l´objet de nombreuses études.
La réponse de l´organisme à une intoxication au plomb se traduit par des symptômes cliniques typiques tels que des diarrhées, le manque d´appétit et de vigueur, une perturbation de la locomotion (dégénérescence des muscles et du système nerveux) ainsi qu´un amaigrissement prononcé ou accéléré. En revanche, la sensibilité des canards à ce toxique et quant à elle très variable selon les individus, la quantité de plomb ingérée et la qualité de la nourriture. Ainsi, avec une alimentation à base de blé uniquement, la mortalité atteint 67% des canards colvert pour l´ingestion de trois billes n°4 (soit 600 mg). En revanche, ce risque atteint 33-50% des individus pour l´ingestion d´une quantité de plomb 3 à 8 fois plus importante mais avec une alimentation équilibrée en calcium et en oligo-éléments (phosphore, zinc, fer).
Agrandir la photoEn cas de mort, celle-ci survient, chez le colvert, en moyenne 15 jours après la consommation de plomb, soit une durée similaire à celle d´un jeûne total prolongé. Le degré d´exposition à ce métal lourd est très variable selon les sites et la pression de chasse. Dans ce contexte, quels sont les risques de mortalité pour les canards stationnés en France ?
D´après les études effectuées cette dernière décennie, le taux de mortalité* liée à l´intoxication au plomb est relativement faible et ne dépasserait pas 1% pour le canard Colvert, le canard Chipeau et le fuligule Morillon, et 3% pour le fuligule Milouin, ces quatre espèces étant les plus exposées.
Aux Etats-Unis, avant l´abolition du plomb dans les munitions de chasse, l´ingestion de ce toxique entraînait annuellement la mort de 2% de l´effectif total des canards. Environ dix années après sa substitution par l´acier, la mortalité due au plomb a diminué de 64% chez le canard Colvert. En fait, ce temps de latence résulte d´une rémanence des billes de plomb de chasse qui restent accessibles dans la vase pendant au moins trois années.

ême s´il est souhaitable de se diriger vers une suppression du plomb dans les munitions de chasse, la situation sur le gibier d´eau en France ne paraît pas encore critique. Sur certains sites tels que la Camargue et le Lac de Grand´Lieu les taux de mortalité pour certaines espèces peuvent atteindre des valeurs plus fortes que 3%, en revanche sur le Rhin, qui est un site d´hivernage majeur en France et en Europe de l´Ouest, le risque d´exposition est considéré comme quasi nul. Certes, cette analyse concerne l´effet direct sur les populations en terme de mortalité par intoxication, toutefois un effet indirect peut également être noté sur la reproduction puisque l´ingestion de plomb peut significativement affecter la production des œufs et ainsi réduire le succès reproducteur.

ctuellement, plusieurs pays européens (Pays-Bas, Norvège, Finlande, Royaume Uni, Danemark et Suède) ont choisi d´interdire totalement ou partiellement l´usage des grenailles de plomb pour la chasse des oiseaux d´eau. La France devrait rejoindre cet engagement dans 2 ou 3 années. Toutefois, la substitution pose de sérieux problèmes d´ordre balistique et de résistance des canons. Il semblerait qu´un mélange de fer, de tungstène et de liant soit un compromis acceptable.

La consommation de viande provenant de canards intoxiqués peut-elle avoir un impact sur la santé des prédateurs et de l´homme ?
Agrandir la photoes muscles des canards intoxiqués par ingestion de grenailles concentrent environ 25 fois moins de plomb que le foie et 250 fois moins que les reins, ces deux tissus étant les plus affectés. Pour l´homme, les risques d´être intoxiqué en consommant de la chair de canard semblent par conséquent très faibles, étant donné que dans les muscles (pattes + pectoraux ou magrets) d´un canard colvert fortement intoxiqué**, la quantité de plomb ingérée à l´état soluble serait de 0,6 mg soit l´équivalent de 0,3% d´un seul plomb n°4. Pour une personne de 70 kg cette dose est au moins 1000 fois inférieure à celle nécessaire pour observer des effets cliniques. En revanche, les risques semblent beaucoup plus importants pour les prédateurs, tels les rapaces (Busard des roseaux, Autour des palombes, Epervier), qui peuvent consommer des tissus concentrant davantage ce toxique (foie, rein) ou qui ingèrent du muscle dans lequel peuvent se retrouver impactées des grenailles entières de plomb. Dans certains cas, c´est davantage cette dernière cause qui expliquerait la forte concentration de plomb que l´on peut parfois retrouver chez les prédateurs.

M.B.
(Selon la thèse de doctorat de M. Boos, 2000, et Knowless et al. 1998).

*en % de l´effectif national à la mi-janvier.
** indiquée par une teneur dans le foie de 100 µg de plomb par gramme de poids sec.

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Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 20h55