a molsaton des réserves énergétques


Nous avons vu dans un numéro précédent la composition et le rôle des réserves énergétiques corporelles valable chez l´ensemble des espèces animales. A présent nous vous proposons de cerner comment ces réserves peuvent être utilisées.
De manière générale, les réserves énergétiques sont utilisées lorsque la dépense énergétique ou les besoins nutritionnels sont supérieurs à ceux couverts par l´apport alimentaire. D´après de nombreuses études réalisées sur les mammifères et les oiseaux, le niveau d´utilisation des réserves dépendra de leur état initial, du métabolisme de l´animal ainsi que de l´intensité de la restriction alimentaire.
Durant la période hivernale, les animaux peuvent être confrontés à des situations de déficit énergétique liées à une réduction de la prise alimentaire ou à une diminution de la valeur énergétique de l´alimentation (Euliss et al. 1997, McKnight et Hepp 1998). Un tel régime hypocalorique, continu ou interrompu par des périodes de réalimentation, peut affecter de manière chronique l´état des réserves énergétiques (Miller 1986, Morton et al. 1994). Ainsi, des canards colverts soumis à une restriction alimentaire de 60-75% (à une température ambiante de 0°C en moyenne), ont un temps de survie augmenté de 30% comparé à un jeûne total (Jordan 1953, Robin 1991).
La résistance à un jeûne total varie selon les espèces. Pour les oiseaux de petite taille (passériformes), la nuit correspond à une phase de prise alimentaire nulle. Ce jeûne de 12 heures environ peut conduire l´organisme à mobiliser ses réserves énergétiques dans une amplitude comparable à celle observée pour des espèces de plus grande taille (oies et manchots) connues pour jeûner plusieurs semaines voire plusieurs mois (Le Maho et al. 1981, Cherel et al. 1988, Blem 1990).
Les modalités de mobilisation des réserves corporelles ont notamment été mises en évidence lors d´un jeûne total prolongé chez plusieurs espèces animales et aussi chez l´Homme (voir dans Robin 1989).

L´analyse des changements de la vitesse de diminution de la masse corporelle au cours d´un jeûne prolongé a permis de mettre en évidence trois phases distinctes (Le Maho et al. 1976). Les modifications de perte de masse correspondent à une utilisation différentielle des réserves lipidiques et protéiques (Le Maho et al. 1981, Robin 1988).
La phase I ou phase d´adaptation, qui débute après l´absorption du dernier repas, est caractérisée par une décroissance rapide de la masse corporelle et une diminution du métabolisme de repos (Dewasmes et al. 1980, Cherel et al. 1988). Elle correspond en fait à un épuisement du glycogène hépatique et à une oxydation croissante des lipides. Par ailleurs, l´élimination des déchets issus de la dernière prise alimentaire et contenus dans le tractus digestif contribue à la perte élevée de masse en début de cette phase. Cette phase courte dure environ 3 à 4 jours chez plusieurs espèces d´oiseaux tels que le lagopède alpin, le canard colvert, l´oie grise et le manchot royal (Le Maho et al. 1981, Robin 1988, Cherel et al. 1988, Lindgård et al. 1992).
La phase II, qui se caractérise par une perte journalière minimale de la masse corporelle, correspond à l´utilisation préférentielle des lipides et à une épargne maximale des protéines corporelles (Le Maho et al. 1981, Cherel et al. 1988, Robin et al. 1987, Robin 1988). Les lipides peuvent ainsi fournir jusqu´à 95% de l´énergie. Pour une espèce donnée, la durée de la phase II dépend de l´adiposité initiale (Robin et al. 1988, Lindgård et al. 1992, Cherel et Groscolas 1999). Chez le lagopède alpin, la phase II est indétectable pour des individus maigres (adiposité de 4%) alors qu´elle dure 12-13 jours, soit 70% du temps de jeûne total, pour des individus plus gras (adiposité 19%) (Lindgård et al. 1992). Au maximum, elle dure 2,5 et 1,5 mois soit environ 75-80% du temps total de jeûne, chez des jeûneurs professionnels tels que le manchot empereur (Robin et al. 1988) et le manchot royal (Aptenodytes patagonicus, Cherel et Le Maho 1985, Cherel et al. 1994) respectivement.Agrandir la photo Parallèlement, la contribution des protéines à la dépense énergétique totale est d´autant plus élevée que l´adiposité initiale est faible. Alors qu´elle est comprise entre 6 et 9% pour des individus gras (Le Maho et al. 1981, Robin et al. 1988, Lindgård et al. 1992, Cherel et al. 1992) elle peut dépasser 20% chez des individus initialement maigres (Cherel et al. 1992, Lindgård et al. 1992). L´épargne des protéines en phase II augmente fortement lorsque l´adiposité initiale s´élève jusqu´à 20%, et au delà de 35%, l´efficacité de l´épargne protéique n´augmente plus (Cherel et Groscolas 1999). La situation d´économie des protéines perdure jusqu´à ce qu´environ 80% de la masse lipidique intiale ait été utilisée (Groscolas 1990, Robin et al. 1991, Thouzeau et al. 1999a). Chez les individus obèses (adiposité supérieure à 35%), la phase II est très longue avec une perte cumulée en protéines d´autant plus importante. Ces animaux atteignent alors le seuil létal de déplétion des protéines alors qu´il leur reste encore d´importantes réserves de lipides (Cherel et al. 1992).
La phase III se caractérise par une augmentation de la perte de masse journalière et correspond à une augmentation du catabolisme des protéines, principalement dans les muscles locomoteurs (Le Maho et al. 1981, Robin et al. 1988). C´est néanmoins au cours de cette phase que les lipides contenus dans les os sont mobilisés (Thouzeau et al. 1997). Bien que la phase III soit critique pour la survie, elle demeure réversible (Robin et al. 1988, Robin et al. 1991). Par exemple, des colverts réalimentés à ce stade retrouvent leur masse corporelle initiale après 10-15 jours. De plus, à la transition phase II/phase III est associé un signal de réalimentation, comme cela a été montré chez les manchots (Groscolas 1990, Robin et al. 1998). Ce signal de réalimentation expliquerait par exemple l´abandon de la couvée chez l´Eider à duvet qui jeûne totalement pendant l´incubation (Korshgen 1977, Robin 1989). En outre, ce signal pourrait également être à l´origine d´une reprise de migration hivernale chez les anatidés, lors de vagues de froid prolongées, pour rejoindre des sites plus favorables (Robin et al. 1991).



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Crédit photo : Jean-Patrice ROBIN

Dernière modification de cet article le 06/01/2004 à 21h43