E MARRONNIER ET LE PAPILLON


En 2001, un programme international de coopération scientifique a été mis en place pour lutter contre un fléau qui, en quelques années a envahi toute l’Europe. Le problème majeur : on ne connaît pas le lieu d’origine de ce fléau, et donc rien n’est connu sur sa biologie. De quoi s’agit-il : de Cameria ohridella…

Qui se cache derrière ce nom de romance?
Cameria ohridella. On dirait le titre d’un roman du 19ème siècle célébrant la vie romantique d’un jeune bourgeois désœuvré. Et bien, il n’en est rien. En fait de bourgeois, Cameria est un insecte apparu mystérieusement dans les années 1980, dans une région de Macédoine, l’Ohrid. Origine : inconnue ! On a bien cherché quel pouvait être son milieu naturel originel, et des Livingston en herbe se sont perdus dans les territoires sauvages d’Amériques du Nord et d’Asie, du Japon et de Chine, sans succès. L’autre nom de cet insecte : la mineuse du marronnier. Il s’agit d’un papillon de quelques millimètre qui s’attaque aux beaux massifs de marronniers qui ombragent avec charme les jardins de la vieille Europe. Après le bassin hellénique, il s’est propagé rapidement en Autriche et à partir de là sur tout le continent. Transporté par des moyens naturels (vents dominants), la larve de ce papillon, qui s’incruste dans les feuilles des arbres, a su profiter des avantages de la civilisation. Collées aux roues des voitures et des trains, les feuilles contaminées ont accéléré sa progression.

Quelles sont les conséquences de cette invasion?
La mineuse du marronnier se multiplie à une vitesse vertigineuse. Une femelle qui voit le jour au printemps va donner naissance à plus de 6000 chrysalides qui vont hiverner dans les feuilles mortes. Ainsi, près de trois générations peuvent voir le jour en une seule saison. Et les hivers doux de notre récente époque moderne n’arrange rien. Une fois les larves écloses, de véritables nuages de papillons s’agglutinent autour des arbres dans une danse nuptiale aérienne. Les femelles déposent ensuite leurs œufs sur les feuilles, et les larves s’incrustent dans l’épiderme foliaire, au nombre de plusieurs centaines sur la même feuille. Agrandir la photoAinsi attaquées, les feuilles sèches, jaunissent et finissent par tomber. Ce phénomène à donner naissance aux chutes de feuilles dès le mois de juillet, désolant les belles allées des jardins publics. Les arbres qui ont perdus leurs feuilles fleurissent une deuxième fois en automne cependant. Il semble donc que l’attaque de cet insecte se borne au feuillage des marronniers, mais qu’il n’entraîne pas la destruction de l’arbre. Ce parasite contribue toutefois par l’épuisement des arbres à augmenter leur sensibilité vis à vis d’autres maladies. Et ceci d’autant plus que les marronniers des villes ont la vie dure en raison de la pollution ambiante…


Conclusion
Les conséquences économiques sont quasi nulles car les marronniers ne sont pas une source de profits pour l’homme. Ce ne sont que des arbres décoratifs. Mais en touchant des villes comme Vienne depuis une dizaine d’années, la mineuse du marronnier à pousser les pouvoirs publics à prendre les devants. Si des substances efficaces pour lutter contre ce parasite existent, leur emploi à proximité des lieux d’habitation est problématique du fait de leur toxicité vis à vis de l’homme. Le problème est que tant que le lieu d’origine de ce papillon restera inconnu, aucun moyen de lutte biologique (avec l’utilisation d’un prédateur naturel par exemple) ne pourra être utilisé. Le professeur polonais Labanowski à mis au point une méthode qui consiste à injecter les arbres avec un mélange d’insecticide et de fongicide, qui en remontant dans le feuillage, protège les arbres pendant deux saisons. Environ cent cinquante milles arbres devraient ainsi être traités en 2003-2004.
En attendant, si vous n’avez pas ce produit à portée de main, il vous reste à balayer les feuilles mortes et à les brûler pour détruire les larves.

F.C. pour Naturacosnt@ février 2004.






Dernière modification de cet article le 10/02/2004 à 18h35