es manchots et leur secret de conservaton ?


Nous connaissons plusieurs moyens de pouvoir conserver des aliments pour éviter qu´ils ne se dégradent. La conservation à des températures basses (inférieures à 4°C) ou la pasteurisation sont les moyens les plus communs pour nous humains. Mais qu´en est-il lorsque des animaux comme les manchots doivent être capables de conserver leurs aliments pendant plusieurs semaines alors que ces derniers sont contenus dans l´estomac à une température constante proche de +40°C.
Ce secret a récemment été levé par une équipe du CNRS. Agrandir la photo
Les manchots ont la particularité de jeûner pendant l´incubation de leur unique œuf. En fait, une fois que la femelle a pondu son œuf le mâle prend le relais pour l´incubation tandis que sa partenaire retourne en mer pour se réalimenter. Ce voyage peut durer plusieurs semaines. Pendant ce temps le mâle qui assure seul l´incubation ne s´alimente pas. Toutefois dans son estomac il conserve de la nourriture qui sera essentielle pour nourrir le jeune poussin au cas où sa partenaire tarderait à revenir pour l´éclosion. Maintenir quasi intacte une nourriture à +40°C pendant plusieurs semaines nécessite notamment de pouvoir stopper l´activité microbienne. Une des molécules découvertes et impliquée dans ce processus est la sphéniscine, un peptide antimicrobien appartenant à la sous-famille des -défensines. Ce peptide serait produit et sécrété en plus grande quantité par la paroi stomacale dès le démarrage du jeûne alors que le pH reste constant (entre 4,2 et 6,1).
Par ailleurs, la sphéniscine n´est pas uniquement associée à la conservation des aliments en vue de garantir la survie du poussin dans ses premiers jours de vie, mais encore, elle assure la protection de l´organisme du parent lui-même en empêchant l´autodigestion de l´épithélium de son estomac. A présent on peut se demander quel mécanisme est responsable de l´augmentation de la sécrétion des peptides antimicrobiens. En fait, l´agression de l´épithélium gastrique par des microorganisme exogènes attaquant l´estomac induit une réaction immunitaire locale qui en retour provoque la production des peptides antimicrobiens comme cela se produit pour les immunoglobulines.
Globalement, cette est intéressante ne soit car elle permet de mieux comprendre les adaptations des individus vivants dans des environnement très hostiles. Toutefois ces travaux pourraient également être bénéfiques à des fins de santé humaine. En effet, outre leur action sur les bactérie de la digestion, la sphéniscine inhibe également la sporulation chez de nombreux micromycètes (champignons microscopiques) tel que Aspergillus fumigatus, un champignon fréquemment retrouvé chez des humains immunodéprimés. Potentiellement, les sphéniscines pourraient donc avoir des vertus thérapeutiques.

M.B.

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Pour en savoir plus :

Thouzeau et al. 2003. Spheniscine, avian -defensins in preserved stomach contents of the King Penguin, Aptenodytes patagonicus. J. Biol. Chem. 278 : 51053-51058.


Crédit photo : Jean-Patrice ROBIN


Dernière modification de cet article le 24/05/2004 à 22h49