OURQUOI LES OISEAUX NE PONDENT-ILS PAS PLUS D’ŒUFS ?


Vers les années 1950, un biologiste américain du nom de David Lack déduisit de ses observations une hypothèse particulièrement importante pour la biologie évolutive* : la taille de la couvée est déterminée de façon ultime par le nombre de jeunes que les parents peuvent nourrir au nid. Depuis, cependant, un grand nombre d’études a prouvé que si l’on augmentait artificiellement les couvées, les parents restaient néanmoins capables de faire face, et d’amener tous leurs jeunes jusqu’à l’envol, y compris ceux issus des œufs qu’ils n’avaient pas pondus. Bien que l’on sache maintenant que cet effort supplémentaire induit un coût pour les parents induisant une réduction des succès des saisons de reproductions suivantes, il devient également plus clair que les autres périodes composant la reproduction des oiseaux (la ponte et l’incubation) participent de manière non négligeable à la dépense énergétique des parents.Agrandir la photo

La production des œufs
Une question centrale du concept de gestion de l’effort reproducteur au cours de la vie d’un organisme est celle de l’allocation des ressources à chaque étape d’un cycle reproducteur. Pour les espèces itéropares**, s’ajoute le contrôle de la dépense liée à la production des descendants au cours des saisons successives de reproduction. Ainsi, se pose pour les oiseaux la question de la nature de mécanismes déterminant le nombre d’œufs à produire pour optimiser ses propres chances de survivre ainsi que celles des jeunes. En effet, un effort reproducteur trop important peut entraîner un épuisement des parents, qui se traduit par une réduction de la qualité de la mue hivernale, un affaiblissement du système immunitaire…Il en va de même pour les poussins d’ailleurs, qui s’ils sont nombreux peuvent souffrir de mauvaises conditions nutritionnelles initiales, dont les effets à long terme peuvent mettre en danger leur survie jusqu’à l’âge de maturité sexuelle. Or, le succès reproducteur d’un individu se définit aussi par celui de ses descendants, ses gènes se transmettant efficacement de générations en générations.
La phase de production des œufs apparaît donc comme une période tout aussi cruciale que l’élevage des jeunes, et elle semble transporter avec elles autant de contraintes énergétiques. Au contraire, pour l’ornithologiste D. Lack, la ponte ne constituait pas une période coûteuse, les oiseaux pouvant remplacer facilement des œufs perdus par des nouveaux. Cependant, grâce à l’utilisation des isotopes stables***, la dépense énergétique d’un oiseau en période de ponte a pu être évaluée de façon précise, et s’élève jusqu’à 370% de la valeur basale d’un animal au repos. C’est équivalent à la dépense lors de l’élevage (380%). Ainsi, acquérir l’énergie nécessaire à la ponte est une tache d’une difficulté équivalente à celle de l’élevage. Sans compter que pour les espèces sauvages, la disponibilité en nutriments reste variable (pour le calcium formant la coquille par exemple), et que les conditions environnementales (température) peuvent varier, venant ainsi perturber la balance énergétique de l’oiseau.

L’incubation
A l’instar de la période de ponte, l’incubation a souvent été négligée par les scientifiques, estimant que la faible activité des parents rivés sur leurs nids en faisait une période de faible dépense d’énergie. Le coût de réchauffement des œufs n’apparaissait pas comme une lourde charge, le nid favorisant le maintien et la constance calorique et hygrométrique adéquate pour un développement optimal des embryons. Cependant, les premières mesures de dépense énergétique au cours de l’incubation furent tout d’abord menées à thermoneutralité, sans tenir compte des variations brusques et marquées d’un environnement naturel. Les espèces de passereaux par exemple voient leur métabolisme (dépense) augmenter de 19 à 50% lors d’une incubation en conditions naturelles. De plus, de nombreuses espèces voient les femelles assumer seules l’incubation des œufs, les obligeant alors à réduire le temps imparti à la recherche alimentaire. A cela s’ajoute le fait que chaque absence entraîne un refroidissement des œufs qu’il faut alors ramener à la température adéquate, exigeant une dépense énergétique supplémentaire. Le coût de l’incubation a également été mis en évidence par les expérimentations modifiant le nombre d’œufs à incuber. Ajouter des œufs dans un nid provoque par exemple une augmentation de la durée d’incubation, une réduction du nombre d’éclosion ou une asynchronie des naissances.
Il existe ainsi de nombreuses évidences quant à la répartition des coûts sur les trois périodes principales de reproduction des oiseaux (ponte, incubation, élevage), et ceci de manière plus ou moins équivalente. Toute perturbation des individus reproducteurs à n’importe quel moment est ainsi loin d’être anodine, et peut se répercuter aussi bien sur la viabilité des jeunes à devenir eux-mêmes des reproducteurs, qu’à la capacité des adultes à entreprendre une nouvelle reproduction.




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Dernière modification de cet article le 24/05/2004 à 23h01