a malade de Lyme serat-elle lée à la densté de la faune alsacenne ?


La maladie de Lyme, bien connue pour entraîner, si elle n’est pas traitée à temps, des effets invalidants touchant les articulations et le système nerveux, est due à l’injection par les tiques (Ixodes ricinus de la famille des acariens) d’une bactérie du nom de Borrelia burgdorferi. D’abord répandus en Europe Centrale (Autriche surtout), les cas d’infections humaines se sont largement étendus vers l’Ouest de l’Europe. Ainsi, au début des années 2000, des taux moyens de 250 cas d’infections humaines/100 000 habitants dans les cantons de Guebwiller et de Munster (forte couverture boisée) et 36 cas/100 000 habitants dans le canton de Dannemarie (faible densité forestière) ont été déterminés. Une étude récente (Ferquel et al. 2006) a permis de montrer que 18% des nymphes et 25% des tiques adultes étaient porteuses de la bactérie redoutée. La densité des nymphes infectées était 20 fois inférieure à Dannemarie (5/100m²) qu’à Munster ou à Guebwiller (105-114/100m²). Plus marquant encore, cette dernière valeur correspond à la densité la plus élevée jamais constatée en Europe ! Le nombre de sujets infectés développant la maladie étant corrélé avec la densité de population des nymphes d’Ixodes, certaines zones alsaciennes sont donc, plus qu’ailleurs en Europe, particulièrement sensibles à la transmissions de la maladie de Lyme.


Certes, les conditions météorologiques et notamment une forte hygrométrie ou pluviométrie en Janvier ont tendance à favoriser le développement des tiques. Toutefois, la différence de densité des populations de tiques entre les cantons semble davantage liée à celle des populations animales de la faune sauvage des milieux boisés, dont les acariens parasites se servent comme hôte pour leur croissance. C’est là que le rôle des cervidés pourraient entrer en jeu. Plusieurs travaux scientifiques (Daniels et al. 1993, Pichon et al. 1999 et Stafford et al. 2003) montrent en effet, que la différence de densité des nymphes entre régions ou sites est positivement corrélée à celle des cervidés. Ceci suggère que les milieux à fortes populations de chevreuil ou de cerfs pourraient servir comme amplificateur des populations de tiques et devraient donc potentiellement être considérées comme des zones avec de plus grands risques d’infections Agrandir la photo. Bien que les ongulés ne soient pas les seuls réservoirs favorisant le développement des tiques (d’autres mammifères et oiseaux peuvent également entrer en jeu), plusieurs études scientifiques soulignent une plus grande prévention des risques dans les zones boisées avec de très fortes populations d’ongulés et proposent dans certains cas une gestion particulière du milieu (mise en place d’exclos pour cervidés accompagné d’un traitement pesticide) tout particulièrement à proximité des lieux accueillant une forte population humaine. D’autres pistes parallèles, consistant par exemple à un traitement humain par vaccination contre la maladie de Lyme ne sont toutefois pas à exclure (Fish 1995).


M.B.


Références bibliographiques :


Ferquel, E. et al. 2006. Prevalence of Borrelia burgdorferi Sensu Lato and Anaplasmataceae members in Ixodes ricinus ticks in Alsace, a focus of lyme Borreliosis endemicity in France. Applied and Environmental microbiology.


Stafford, K.C. et al. 2003. Reduced Abundance of Ixodes scapularis (Acari: Ixodidae) and the Tick Parasitoid Ixodiphagus hookeri (Hymenoptera: Encyrtidae) with Reduction of White-Tailed Deer. Journal of Medical Entomology 40 : 642-652.


Pichon, B. et al. 1999. Density of deer in relation to the prevalence of Borrelia burgdorferi s.1. in Ixodes ricinus nymphs in Rambouillet forest, France. Experimental and Apllied Acarology, 23 : 267-275


Fish, D. 1995. Environmental risk and prevention of Lyme disease. American Journal of Medicine. 24 : 2S-9S.


Daniels, TJ. Et al. 1993. Reduced abundance of Ixodes scapularis (Acari : Ixodidae) and Lyme disease risk by deer exclusion. Journal of Medical Entomology 30 : 1043-1049.



Dernière modification de cet article le 11/12/2006 à 21h35