a contracepton des anmaux sauvages entôt une alternatve à la chasse ?


Le titre est quelque peu provocateur mais il correspond bien plus à une réalité qu'à une utopie.


 


L'augmentation exponentielle des populations d'espèces nuisibles, l'incapacité parfois des pouvoirs publics et même, dans certains cas, des chasseurs à pouvoir réguler les populations animales et enfin les velléités des associations anti-chasse qui souhaitent simplement interdire toute forme de tuerie ou de piégeage, au nom d'un soi-disant bien-être animal, sont la source des travaux qu'entreprennent actuellement plusieurs équipes de recherche pour envisager une nouvelle forme de gestion des populations animales sauvages en contrôlant biologiquement leur fertilité. Où en sont ces travaux et quelles sont les risques écologiques si une telle mesure venait à être effective et généralisée ?


Le contrôle des naissances chez l'humain par l'utilisation de moyens contraceptifs a largement montré son efficacité. Fort de ce constat, une procédure similaire existe aussi pour limiter l'accroissement des animaux maintenus en captivité dans des parcs zoologiques, d'où l'idée depuis une dizaine d'années de l'appliquer aux espèces vivant à l'état sauvage. Plusieurs essais ont ainsi été menés chez des petits et des grands carnivores tels que le renard et le blaireau mais aussi chez les herbivores (éléphants, cervidés…).Agrandir la photo La méthode la plus répandue n'est pas de faire consommer un appât contenant des dérivés hormonaux (propduits actifs), comme pour la pilule chez l'humain, mais bien plutôt de provoquer une immunisation, c'est à dire de stimuler le système immunitaire de l'animal pour qu'il produise des anticorps contre la production de sperme, d'ovules ou d'œufs (Cooper et Larsen, 2006).


Les antigènes destinés à provoquer la réponse immunitaire voulue pourraient ainsi être administrés par voie orale (dans un appât) ou via un vecteur tel qu'un parasite ou un virus génétiquement modifié. Toutefois, bien que jugé efficace, l'immunocontraception pose encore de sérieux problèmes à différents niveaux.


D'une part, en raison de leur patrimoine génétique, tous les individus d'une même population ne développent pas de réponse immunitaire par rapport à un antigène donné. Ceci signifie que seuls les individus qui sont génétiquement résistants à l'agent immunocontraceptif se reproduiront. Le résultat est alors, qu'au bout d'un certain temps, la population entière devienne résistante à cet agent via le jeu de la sélection naturelle.


Ensuite, sur 14 espèces de mammifères testées à ce jour cette méthode d'immunicontraception donne des résultats très variables selon les espèces, de 100% de stérilité chez le wallaby et le daim à 5% chez le lapin de garenne. Ceci suppose que les antigènes doivent être bien identifiés afin de provoquer la bonne réponse immunitaire. En outre, les agents immunocontraceptifs sont, comme les agents responsables des maladies, capable d'exercer une très forte pression sélective et potentiellement des modifications génétiques importantes au sein de la population. Plusieurs experts craignent ainsi qu'une telle procédure de contrôle de la fertilité provoque une perte de la variabilité génétique dans les populations animales et une augmentation de la consanguinité avec des risques élevés de développement de pathologies graves. Agrandir la photo


Enfin, il n'est pas exclu que des organismes génétiquement modifiés, vecteurs de l'immunocontraception, atteignent des espèces qui n'étaient pas destinées à être contrôlées et que par conséquent la stérilité à vie soit provoquée sur des espèces non cibles.


Force est donc de constater que les conséquences écologiques d'un contrôle biologique des populations n'est absolument pas sans risques inquiétants, d'autant plus qu'il y a un impact direct sur le sexe et l'âge ratios et implicitement sur la dynamique, à long-terme, des populations. Un tel contrôle biologique, s'il n'est pas opéré avec la plus grande prudence, pourrait ainsi aboutir à des déséquilibres majeures qui deviendraient à terme incontrôlables. A ce jour, de nombreuses barrières éthiques, biologiques et écologiques existent encore mais les travaux de recherche vont en s'accroissant car il s'agit d'un domaine émergeant qui, de surcroît, ne déplaît pas à ceux qui, sous le couvert du bien-être animal (dont la définition reste assez subjective), voudraient trouver une alternative définitive à la régulation des populations animales par la chasse ou par la destruction des nuisibles.


On peut donc en conclure que la vigilance et la prudence sur ce sujet doivent être de rigueur, tant chez les scientifiques experts en biologie et en dynamique des populations que chez les pouvoirs publics ou les institutions en charge de l'environnement et de la chasse….


 


Bibliographie :


Cooper, D.W. et E. Larsen. 2006. Immunocontraception of mammalian wildlife: ecological and imunogenetic issues. Review. Reproduction 132: 821-828.



Dernière modification de cet article le 06/02/2008 à 20h31