e sangler : faveur ou peste des terrtores ?


Dans la régulation des populations animales, le sanglier tient depuis plusieurs années une place particulière. Surabondance locale des populations, transmission de pathologies infectieuses (peste porcine, brucellose, …) dangereuses pour l'Homme ou pour le bétail d'élevage, augmentation des dégâts aux cultures, recrudescence des coûts d'indemnisation associés tels sont les problèmes majeurs auxquels sont confrontés scientifiques, gestionnaires et autres usagers de la nature. Un colloque organisé conjointement par la FNC et l'ONCFS en Mars dernier a permis de dresser un état des lieux autour de toutes ces questions.


Bien que le tableau de chasse national soit en progression constante depuis plus de 20 ans avec une augmentation annuelle moyenne atteignant 7% pour la dernière décennie, les prélèvements sont stables depuis ces 3 dernières années avec près de 500 000 pièces.  Cela traduit-il une modification de la tendance de l'évolution démographique des populations de sangliers ou de la pression de chasse ? En tout état de cause, en 2006 le sanglier était en augmentation dans un tiers des départements où il est classé gibier et dans la moitié des départements où il a le statut d'espèce nuisible.


La gestion des populations est très contrastée d'un département à l'autre. Certains adoptent le plan de chasse avec fixation d'attributions minimales et maximales, dans d'autres départements comme celui de l'Hérault, chaque année la période de chasse au sanglier est définie de manière variable sur chaque unité de gestion en fonction de l'état des populations et des dégâts enregistrés, avec un suivi des prélèvements. Dans d'autres départements, il n'y a pas de consigne de gestion précise. Dans le Bas-Rhin par exemple, le tir est autorisé à l'agrainé, mode de chasse qui représente environ la moitié des prélèvements sans distinction règlementaire de poids, de sexe ou d'âge, l'objectif principalement recherché étant de faire baisser fortement la densité de population.  Des études de modélisation en biologie des populations menées dans la Marne, montrent que compte tenu de l'effort de chasse, le prélèvement préférentiel des laies d'une masse corporelle de plus de 30 kg paraît être une solution très avantageuse pour parvenir à stabiliser les populations de sangliers ; il s'agit donc d'allier le prélèvement quantitatif et qualitatif sur des unités de gestion considérées comme petites (30 000 ha environs).


Au niveau national, les dégâts aux cultures se stabilisent depuis 5 ans alors qu'ils étaient chaque année en forte augmentation depuis le début des années 1970 lorsque la procédure d'indemnisation a été mise en place. Actuellement, le montant des indemnisations liées aux méfaits du grand gibier s'élève à 22-23 millions d'euros dont 83% concernent ceux causés par le sanglier ! Les cultures de maïs sont les premières cibles (35% du volume financier) suivi ensuite par les prairies et les céréales (autres que le maïs), oléagineux, vignes et autres cultures représentant ensemble environ 16%. Toutefois, il existe une grande disparité entre les départements avec des extrêmes variant de 20 000 € à 800 000 €/an. En fait, même si près de 13 000 communes sont touchées par les dégâts, ceux-ci restent géographiquement très localisés et concernent "seulement" 10% environ du territoire national, avec cependant des concentrations de dommages inacceptables sur certaines zones. [photo 1]


Bien que la nourriture végétale soit présente dans 99-100% des contenus stomacaux des sangliers étudiés en Europe, la consommation animale (présente dans 47 à 88% des cas) n'est pas à négliger surtout chez les jeunes sangliers. Cette dernière est souvent sous-estimée en raison d'une digestion plus rapide des proies animales. Parmi les invertébrés, insectes, lombrics et gastéropodes sont les plus communs. Mais il n'est pas rare, de retrouver dans le bol alimentaire de petits rongeurs, des restes d'oiseaux, de lapins, de lièvres voire de faons de chevreuil, ainsi que des poissons et des reptiles. Le régime très varié et opportuniste n'est plus à démontrer, mais la part relative des différents items varie en fonction de leur disponibilité et donc de la saison et la localité géographique. Ainsi la consommation de petits mammifères est principalement notée en automne-hiver alors que les invertébrés sont davantage ingérés au printemps et en été. Il reste à préciser que si le sanglier à l'opportunité de consommer préférentiellement du maïs pour combler ses besoins énergétiques il tentera également à compenser la faible teneur en protéines de cet aliment en recherchant notamment des proies animales. Schley et Roper (2003) soulignent, d'après leur analyse,  que la consommation de nourriture animale est une nécessité pour l'espèce, ce qui tend également à expliquer que la surabondance de sanglier est incompatible avec le maintien du petit gibier.


Le sanglier reste donc un gibier à la fois ressource et gibier valorisant pour les uns et peste pour les autres. Cette situation ambigüe n'appartient pas qu'à la France puisque nos voisins Suisses et Allemands connaissent les mêmes difficultés avec toutefois des règles de gestion différente. Le sanglier presque inexistant dans la plupart des pays européens au début du siècle dernier est  une espèce qui suscitera longtemps encore de profondes réflexions sociologiques, économiques et écologiques.


Référence : Schley, L et T.J. Toper. 2003. Diet of wild boar Sus scrofa in Western Europe, with particular reference to consumption of agricultural crops. Mammal review 33 : 43-56



Dernière modification de cet article le 06/02/2008 à 20h26