a propagaton du vrus de la grppe avare hautement pathogène (H5N1) : la faute aux oseaux domestques ou sauvages ?


Depuis la découverte dans les Dombes en 2006 et plus récemment cet été en Moselle de cygnes et de canards sauvages morts par infection du virus H5N1*, il est devient urgent de déterminer comment et par quelle(s) source(s) cet agent hautement pathogène se propage dans le milieu naturel.Agrandir la photo


Le virus de la grippe, ou influenza aviaire, de type H5N1 est connu depuis que des premiers rares cas de mortalités ont constatés en 1961 chez des Sternes (hirondelle des mers) en Afrique du Sud. En fait, les oiseaux sauvages, notamment les ansériformes (cygnes, oies, canards), sont généralement porteurs de souches faiblement virulentes, les types hautement pathogènes se développant davantage dans les élevages domestiques comme cela a été constaté en Asie. Cependant, depuis qu'en 2002 des épidémies inhabituelles de H5N1 ont été notées chez les oiseaux sauvages, notamment en Asie du Sud-Est (Chine : mai-juin 2005) mais aussi depuis 2006 dans le Sud de la Sibérie et en Europe, l'implication des oiseaux migrateurs dans la propagation du virus est relancée. Toutefois, de nombreuses zones d'ombre persistent. Comment un virus aussi pathogène qui dans la majeure partie des cas entraine une mort certaine en quelques jours, peut-il permettre à un oiseau très affaibli de voler sur plusieurs centaines de kilomètres ? L'épidémie qui a lieu en Chine plusieurs semaines après l'arrivée des oiseaux semble indiquer que le virus était déjà présent sur la zone de reproduction et que les individus ont été contaminés après la migration. Plusieurs scénarii ont donc été proposés :


1)      Le virus est présent chez quelques oiseaux qui ne développent pas de symptômes (oiseaux dits asymptomatiques), permettant ainsi à ces derniers de migrer et donc de contaminer d'autres zones.


2)      Les oiseaux infectés propagent le virus sur de relatives courtes distances ou périodes de temps et meurent ensuite.    


3)      Le virus demeure hautement létal et les oiseaux sauvages meurent très rapidement après avoir été infectés.


4)      L'infection en milieu naturel résulte des volailles d'élevage.


 


D'après l'étude récente de Feare (2007), basée sur une approche à la fois écologique et comportementale, le virus est relativement peu efficace pour se transmettre directement des volailles d'élevages aux individus sauvages ou entre les oiseaux sauvages eux-mêmes.  Toutefois, même si la transmission directe est difficile, le risque existe notamment en cas de grandes concentrations d'oiseaux.


Pour les épidémies observées en Europe (le cas de la Moselle n'ayant pas pu être pris en compte lors de la publication de cette étude) les scénarii 1 et 3 sont possibles, le scénario 2 est le plus vraisemblable alors que le 4ème est peu probable. En revanche pour les cas de mortalité par H5N1 constatés en Asie du Sud-est, en Afrique et en Sibérie, c'est le 4ème scénario, c'est-à-dire l'infection d'origine domestique qui parait la plus vraisemblable.


Globalement l'idée d'une propagation du virus par des oiseaux migrant sur de longues distances n'est pas confortée. Les résultats concernant l'Europe suggèrent plutôt qu'il s'agit d'une propagation progressive non directionnelle via des oiseaux infectés parcourant de courtes distances et infectant ainsi les zones de stationnement avant de mourir. Agrandir la photo


Avant les épidémies de H5N1 (hautement pathogène) constatés ces dernières années, le virus a rarement été isolé chez les populations sauvages et même dans la situation actuelle il est à noter que relativement peu d'oiseaux sauvages en sont porteurs. En revanche, en raison de l'accroissement de l'élevage industriel de poulets, notamment dans les pays asiatiques, de nombreux experts s'intéressent de plus en plus au devenir des résidus (plumes, fientes) et autres produits issus des volailles. Par exemple, l'utilisation du fumier issu de ces élevages comme fertilisant dans les terres agricoles a été reconnu comme une pratique à haut risque facilitant la contamination des sols et donc des oiseaux qui s'y nourrissent par l'influenza aviaire. L'épidémie observée en Chine résulterait fortement de telles pratiques, d'autant plus que dans cette région l'utilisation de résidus de volaille avait largement été préconisée pour la culture du maïs et la pisciculture.


Les connaissances actuelles sur le rôle des oiseaux domestiques et sauvages quant à la propagation du virus sont à leur début. Aussi, afin de comprendre et de prévoir au mieux les risques de contaminations il est impératif de combiner les travaux de recherche portant à la fois sur l'épidémiologie et l'écologie des mouvements de populations d'oiseaux sans pour autant exclure le contrôle de l'utilisation et du transport des résidus des volailles d'élevage.


 


Référence :


Feare, C.J. 2007.  The role of wild birds in the spread of HPAI H5N1. Avian Diseases 51 : 440-447


*La grippe aviaire (Influenza) est une maladie virale des oiseaux provoquée par un orthomyxovirus de type A. Les virus aviaires du type influenza sont classés selon des sous types basés sur des relations antigéniques des glycoprotéines de surface d'hémagglutinine (H1 à H15) et de neuraminidase (N1-N9). Les virus aviaires peuvent être à forte (ex. H5N1) ou faible pathogénécité La contamination par les oiseaux de leur environnement se fait par les sécrétions des voies respiratoires et les fèces. Le virus peut survivre dans l'eau douce même gelée, mais pas dans l'eau salée. Il faut préciser que des oiseaux qui survivent au virus (développement d'une résistance) excrètent des particules virales durant plus de 10 jours.



Dernière modification de cet article le 06/02/2008 à 20h39